L'acquisition de Agile Software par Oracle ($495m) constitue-t-elle une rupture du pacte implicite de non-agression qui existait jusqu'alors avec SAP ? La RealPolitik se pratique en effet autant dans l'industrie du logiciel que lors de la constitution de nouveaux gouvernements. De longue date SAP et Oracle sont engagés dans une confrontation qui se traduit par des prises d'assaut de parts de marché à coup d'acquisitions et de croissance externe. Oracle, en particulier, se montre depuis quelques années particulièrement vorace (Siebel, PeopleSoft, JD Edwards, Portal Software, Oblix, G-Log, Retek - emporté déjà contre SAP - ProfitLogic, Sunopsis, TimesTen, MetaSolv, Stellent, Hyperion, pour ne citer que certains de ceux relatifs aux applications métier), mais, comme SAP, savait reconnaître ses faiblesses sur certains secteurs verticaux. Sur certains secteurs industriels, Oracle et SAP maintenaient alors une sorte de « paix armée », chacun reconnaissant que la bataille pour déloger l'autre de ses forteresses traditionnelles serait trop lourde à mener.
Jusqu'à maintenant Oracle admettait tacitement, malgré certaines de ses déclarations publiques, que SAP était moins vulnérable à ses attaques dans les secteurs industriels très capitalistiques (high-tech, secteurs manufacturiers et ingénierie). L'acquisition de JD Edwards, trouvé dans la corbeille de mariée lors du rapprochement avec PeopleSoft, avait permis au géant de Redwood de prendre pied dans ces secteurs. L'acquisition d'Agile Software, au moment précis où le PLM (Product Lifecycle Management) étend rapidement à de nouvelles industries son champ d'application (santé, alimentation, biens de consommation, high-tech), renforce donc sa position et l'étend même à ces nouveaux secteurs en pleine expansion. Et inversement, Oracle se posant en généraliste des applications métier pourrait entraîner plus rapidement encore le PLM bien au-delà de ses bases conventionnelles dans les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile. En cela, Oracle montre aussi son intention de défier les grands éditeurs du PLM comme Dassault Systèmes, UGS et PTC sur leur propre terrain.
Notre champion national, au fait des enjeux, vient juste d'acquérir MatrixOne ($408m), un éditeur de progiciels de gestion collaborative de contenus techniques, tout comme Agile Software, centré sur la définition des produits, la gestion de propriété intellectuelle, la visualisation et l'échange des données techniques, le « sourcing » stratégique et la gestion de configuration. (L'autre marché du PLM est celui, plus ancien, des outils de CAO, CAD/CAM - Computer Aided Design, Computer Aided Manufacturing -, EDA - Electronic Design Automation -, de la simulation et du calcul technique.)
Sur ces deux tableaux, PTC, quant à lui, avait acquis ArborText (juillet 2005, $190m) et MathSoft (avril 2006, $63m), par exemple.
Siemens, en janvier 2007, annonçait l'acquisition de UGS ($3.5 milliards), résultat de la fusion des pionniers SDRC et Unigraphics orchestrée en 2001 par EDS, et rebaptisait l'entité UGS PLM Software pour clairement afficher ses ambitions sur ces marchés.
SAP, qui était entré seulement en 2000 sur le marché du PLM, voit donc sa base SAP PLM/Oracle installée - qui doit néanmoins engendrer moins de revenus que ses vaisseaux amiraux SAP SCM et SAP CRM (Supply Chain Management et Customer Relationship Management, respectivement) - sous la menace imminente d'offre de substitution tout Oracle avec Agile Software.
Et l'on peut imaginer sans difficultés qu'Oracle ayant acquis une tête de pont sur les marchés du PLM ne s'arrêtera pas là et fera d'Agile Software son fer de lance pour une diversification à la hussarde dans de nouveaux secteurs industriels verticaux et pour une offensive « métier » du PLM dans les autres secteurs où l’éditeur est dominant.
vendredi, mai 18, 2007
dimanche, mai 13, 2007
La course à la base installée de programmeurs est lancée
Et c'est reparti comme au début des années 1990, à l'avènement de l'ère de l'architecture client-serveur, les grands de l'industrie du logiciel se lancent dans une course à la base installée de développeurs. À peine Adobe avait-il annoncé la mise (partielle) de Flex sous licence Open Source, que Microsoft inaugurait son rendez-vous Web annuel, MIX07 à Las Vegas, strass et paillettes, sous le signe du nouveau Silverlight, dont il laissait filtrer qu'il pourrait, lui aussi, être l'objet de licences Open Source -- presque une première pour le géant de Redmond. Sun Microsystems, craignant sans doute une marginalisation du langage de programmation Java -- largement infondée à mon sens -- se précipitait alors pour ouvrir JavaOne, la grand-messe elle aussi annuelle à San Francisco, sur l'annonce de JavaFX, une plate-forme complète de développement autour du langage de script JavaFX Script.
L'enjeu de cet alignement de forces prêtes à la confrontation : atteindre la plus grande base installée de développeurs de cette nouvelle vague architecturale, appelée RIA (Rich Internet Applications), applications Internet riches, et RDA (Rich Desktop Applications), applications de bureau riches. La richesse ainsi mise en avant est avant tout celle de l'interface graphique. Pour les trois candidats à la prééminence, en effet, il ne fait désormais plus de doute que leurs outils et technologies de nouvelle génération, entendre par là : utilisables dans un navigateur Web ou sur le « desktop » connecté au Web, sont comparables à leurs technologies de la génération précédente, dites de client « lourd ». Cette mutation du client « fin » (thin client), opposé naguère au client lourd, i.e. Windows, en client « riche » est au premier chef à mettre au compte de la transformation des navigateurs Web. Ceux-ci sont passés en quelques années de simples fenêtres de visualisation de pages HTML, au statut d'application, elle-même client lourd, capable de traitements complexes, avec l'addition de XML et de Javascript, voire d'accès à des ressources locales du poste client (Web OS).
Dans cette imminente conflagration, chaque partie veut jouer de ses atouts.
Adobe, dont la stratégie d'opposition à Microsoft est très intéressante, affiche clairement l'ambition de s'appuyer sur l'immense base installée de lecteurs Flash dans les navigateurs -- y compris dans Internet Explorer -- pour faire de Flash une plate-forme complète de développement. D'où Flex, qui séduirait plus le programmeur que le graphiste, profil courant de l'utilisateur actuel de Flash, le Flex SDK -- livré en Open Source dès la fin de l'année, pour attirer ces mêmes programmeur -- ; le Flex Data Services -- qui lui reste payant (et cher !) --, un middleware classique entre client Flash et serveur Flex ; et le regroupement visant le RDA de Flex, PDF et DHTML sous le nom Apollo.
Microsoft, ruisselant encore de l'effort de développement de Vista, livré au début de cette année, entend mettre sa nouvelle architecture au service de ces nouvelles applications clientes riches. Pour séduire les utilisateurs, l'éditeur insiste donc sur la pertinence de Silverlight pour les applications musicales, vidéo et vectorielles, emblématiques à la fois de la nouvelle version de Windows et de nombreux sites communautaires Web 2.0. Pour attirer (et retenir) les programmeurs, deux versions de Silverlight au programme : une 1.0 qui réunit Javascript et XAML, le dialecte XML de Microsoft pour la description de GUI ; puis une 1.1, au régime supérieur, embarquant une machine virtuelle .Net -- le fameux CLR, Common Language Runtime -- offrant donc (i) l'accès à de nombreux langages de programmation plutôt qu'à un seul et (ii) une compatibilité avec les API .NET utilisées depuis des années par les développeurs Microsoft. L'intégration immédiate à Visual Studio et Expression vont dans le même sens.
Enfin, Sun met en avant la portabilité et la force de la plate-forme Java comme socle de JavaFX d'une part, et l'utilisation de JavaFX pour les applications mobiles -- un des différenciateurs de Java sur lequel Sun a toujours joué dans sa stratégie logiciel -- inspiré de la technologie Savaje rachetée par Sun en avril dernier. Couplé à l'IDE Netbeans et ses extensions comme jMaki pour Ajax, il constitue un environnement de développement qui se veut complet pour les applications RIA/RDA.
Pour compléter le tableau des forces en présence, il faut évidemment mentionner les efforts de formalisation de l'approche Ajax par un frémissement de startups et d'acteurs plus souvent liés à l'Open Source qu'aux éditeurs commerciaux, la fondation Mozilla en première ligne. Autour du langage Javascript fleurissent aujourd'hui une incroyable quantité de bibliothèques de programmation visant à simplifier son usage pour des applications DHTML. Cette prolifération peut d'ailleurs causer de sérieux maux de têtes au programmeur qui souhaiterait utiliser le modèle orienté objet de l'une, les effets graphiques de l'autre et l'API de communication d'une troisième ! L'interpréteur Javascript existe également sous plusieurs formes, intégré au navigateur, intégré au serveur (Phobos, POW), indépendant (NJS, Rhino). Enfin, le langage lui-même est à la veille d'une nouvelle révision, Javascript 2.0, basée sur le standard ECMAScript 4.0. C'est également sans compter d'autres langages de programmation dynamiques qui disputent leur pole position aux précédents pour les applications Web comme Python, Ruby, etc. De même, chez Novell, le nouvel allié de Microsoft dans l'Open Source, on assure être déjà en train de porter Silverlight vers Linux dans le cadre du projet Mono.
L'alliance OpenAjax, quant à elle, s'est constituée entre plus de 80 fournisseurs et consommateurs de cette approche du développement d'applications pour s'assurer de la compatibilité des évolutions des différents constituants de cette ébauche de plate-forme. Par ailleurs, la communauté Javascript est également au travail sur un middleware de communication pour applications Ajax, appelé Comet, qui permet au serveur de « pousser » les données vers les navigateurs clients et de limiter l'usage de la bande passante du réseau au minimum indispensable.
Décidément, l'histoire se répète et les développeurs sont en train de redevenir une population choyée des éditeurs lancés à leur poursuite !
L'enjeu de cet alignement de forces prêtes à la confrontation : atteindre la plus grande base installée de développeurs de cette nouvelle vague architecturale, appelée RIA (Rich Internet Applications), applications Internet riches, et RDA (Rich Desktop Applications), applications de bureau riches. La richesse ainsi mise en avant est avant tout celle de l'interface graphique. Pour les trois candidats à la prééminence, en effet, il ne fait désormais plus de doute que leurs outils et technologies de nouvelle génération, entendre par là : utilisables dans un navigateur Web ou sur le « desktop » connecté au Web, sont comparables à leurs technologies de la génération précédente, dites de client « lourd ». Cette mutation du client « fin » (thin client), opposé naguère au client lourd, i.e. Windows, en client « riche » est au premier chef à mettre au compte de la transformation des navigateurs Web. Ceux-ci sont passés en quelques années de simples fenêtres de visualisation de pages HTML, au statut d'application, elle-même client lourd, capable de traitements complexes, avec l'addition de XML et de Javascript, voire d'accès à des ressources locales du poste client (Web OS).
Dans cette imminente conflagration, chaque partie veut jouer de ses atouts.
Adobe, dont la stratégie d'opposition à Microsoft est très intéressante, affiche clairement l'ambition de s'appuyer sur l'immense base installée de lecteurs Flash dans les navigateurs -- y compris dans Internet Explorer -- pour faire de Flash une plate-forme complète de développement. D'où Flex, qui séduirait plus le programmeur que le graphiste, profil courant de l'utilisateur actuel de Flash, le Flex SDK -- livré en Open Source dès la fin de l'année, pour attirer ces mêmes programmeur -- ; le Flex Data Services -- qui lui reste payant (et cher !) --, un middleware classique entre client Flash et serveur Flex ; et le regroupement visant le RDA de Flex, PDF et DHTML sous le nom Apollo.
Microsoft, ruisselant encore de l'effort de développement de Vista, livré au début de cette année, entend mettre sa nouvelle architecture au service de ces nouvelles applications clientes riches. Pour séduire les utilisateurs, l'éditeur insiste donc sur la pertinence de Silverlight pour les applications musicales, vidéo et vectorielles, emblématiques à la fois de la nouvelle version de Windows et de nombreux sites communautaires Web 2.0. Pour attirer (et retenir) les programmeurs, deux versions de Silverlight au programme : une 1.0 qui réunit Javascript et XAML, le dialecte XML de Microsoft pour la description de GUI ; puis une 1.1, au régime supérieur, embarquant une machine virtuelle .Net -- le fameux CLR, Common Language Runtime -- offrant donc (i) l'accès à de nombreux langages de programmation plutôt qu'à un seul et (ii) une compatibilité avec les API .NET utilisées depuis des années par les développeurs Microsoft. L'intégration immédiate à Visual Studio et Expression vont dans le même sens.
Enfin, Sun met en avant la portabilité et la force de la plate-forme Java comme socle de JavaFX d'une part, et l'utilisation de JavaFX pour les applications mobiles -- un des différenciateurs de Java sur lequel Sun a toujours joué dans sa stratégie logiciel -- inspiré de la technologie Savaje rachetée par Sun en avril dernier. Couplé à l'IDE Netbeans et ses extensions comme jMaki pour Ajax, il constitue un environnement de développement qui se veut complet pour les applications RIA/RDA.
Pour compléter le tableau des forces en présence, il faut évidemment mentionner les efforts de formalisation de l'approche Ajax par un frémissement de startups et d'acteurs plus souvent liés à l'Open Source qu'aux éditeurs commerciaux, la fondation Mozilla en première ligne. Autour du langage Javascript fleurissent aujourd'hui une incroyable quantité de bibliothèques de programmation visant à simplifier son usage pour des applications DHTML. Cette prolifération peut d'ailleurs causer de sérieux maux de têtes au programmeur qui souhaiterait utiliser le modèle orienté objet de l'une, les effets graphiques de l'autre et l'API de communication d'une troisième ! L'interpréteur Javascript existe également sous plusieurs formes, intégré au navigateur, intégré au serveur (Phobos, POW), indépendant (NJS, Rhino). Enfin, le langage lui-même est à la veille d'une nouvelle révision, Javascript 2.0, basée sur le standard ECMAScript 4.0. C'est également sans compter d'autres langages de programmation dynamiques qui disputent leur pole position aux précédents pour les applications Web comme Python, Ruby, etc. De même, chez Novell, le nouvel allié de Microsoft dans l'Open Source, on assure être déjà en train de porter Silverlight vers Linux dans le cadre du projet Mono.
L'alliance OpenAjax, quant à elle, s'est constituée entre plus de 80 fournisseurs et consommateurs de cette approche du développement d'applications pour s'assurer de la compatibilité des évolutions des différents constituants de cette ébauche de plate-forme. Par ailleurs, la communauté Javascript est également au travail sur un middleware de communication pour applications Ajax, appelé Comet, qui permet au serveur de « pousser » les données vers les navigateurs clients et de limiter l'usage de la bande passante du réseau au minimum indispensable.
Décidément, l'histoire se répète et les développeurs sont en train de redevenir une population choyée des éditeurs lancés à leur poursuite !
samedi, mai 05, 2007
La sagesse des foules ?
Les récentes péripéties de Digg illustrent parfaitement d'un côté le péril des sites et services Web 2.0 fondés sur les communautés et, de l'autre, le dilemme posé par l'émergence de facto de nouvelles règles de comportement et de consommation des contenus numériques.
Digg, le site d'agrégation et de partage de nouvelles, devant la multiplication des injonctions de l'Advanced Access Content System Licensing Administration, s'était vu contraint de supprimer d'autorité un billet d'un programmeur qui révélait un code débloquant la copie de DVD au format haute définition HD-DVD. L'AACS (« Share The Vision » proclame fièrement le slogan de sa page d'accueil) est un poids lourd : fondé par IBM, Intel, Microsoft, Panasonic, Toshiba, Sony, Disney et Warner Brothers, on imagine aisément qu'elle ne plaisante pas avec le DRM, la gestion de droits numériques.
Pour être précis, ce code est en fait nécessaire pour permettre la lecture de ce type de DVD sous Linux, un système d'exploitation non autorisé pour l'instant, et éventuellement la copie, si, du moins, le logiciel pour la faire était disponible. Le code n'est donc à proprement parler qu'une clé qui permettrait éventuellement de contourner un mécanisme de protection de droits imposé par des industriels. Aux Etats-Unis, le contournement de dispositifs de protection est considéré comme illégal et sanctionné.
Devant les menaces légales, Digg avait donc cédé et supprimé le compte de celui qui offensait ainsi les géants du contenu. Mais le programmeur à l'origine du billet s'estimant floué par le site, réussit à faire remonter le billet en question affichant le code incriminé dans le classement Digg en employant une nouvelle identité Digg et déclenchant au passage une vague protestataire de grande ampleur, des milliers d'utilisateurs Digg se mettant à faire de même et à poster le code hexadécimal sur d'autres sites communautaires. En quelques jours, la chaîne de caractères était devenue le nombre entier le plus visible dans la blogosphère. Devant la démonstration de force de cette foule anonyme mais solidaire, le fondateur de Digg, Kevin Rose, annonçait le 1er Mai revenir sur sa décision et laisser les utilisateurs poster suivant leur gré (mais avait-il le choix ?). Rose ajoutait qu'il était prêt à faire face à toutes les ramifications légales que cette volte-face pouvait entraîner. Entre laisser les avocats menacer le modèle de développement de son entreprise, qui repose sur l'augmentation du nombre des utilisateurs du service et de la récurrence de leurs interactions sur le site, alors que céder à leurs injonctions premières entraînait la colère des internautes et leur abandon en masse du site après leur action collective de soutien, et faire face en défendant à tout prix la liberté des utilisateurs, le choix de Kevin Rose est plutôt inhabituel.
En France, par exemple, les nouvelles dispositions légales peuvent contraindre un hébergeur à déconnecter tout site qui « mettrait à la disposition du public ou de communiquer au public, sciemment et sous quelque forme que ce soit, un dispositif manifestement destiné à la mise à disposition du public non autorisée d'oeuvres ou d'objets protégés » sous peine d'amende et de peine de prison.
Même si Digg et Kevin Rose en appellent, en des termes grandiloquents, à la liberté de parole qui est dans la Constitution américaine et se drapent dans des mots d'ordre, « Power to the People » (Pouvoir au Peuple !), qui rappellent une autre époque, le fond de la décision me semble avant tout reposer sur une analyse plutôt lucide du business dans lequel Digg est engagé et de ses éventuelles chances de succès. Au plan des ressources d'abord : que peuvent réellement les 18 employés de Digg devant les 15 millions de visiteurs uniques par mois que le site attire ? C'est le syndrome « Chicken Run », ce film d'animation récent dans lequel un couple de fermiers décidés à sacrifier leur poulailler au succès du développement commercial de leur ferme, se trouvent rapidement submergés par une « action collective » des dizaines de poules et poulets qui passent, dans le film, du rôle de victimes passives à celui d'aéronautes rescapés (et vengeurs !) en fuite vers des cieux meilleurs.
Un cas antérieur comparable avait été gagné par l'AACS au détriment d'une revue, 2600 Magazine, surnommée « le trimestriel des hackers », en 2000. Le risque était donc réel pour Digg de voir se volatiliser son business en voulant ignorer les premières injonctions. Au vu de l'ampleur de la réaction des internautes, Digg a réévalué son risque et choisi de faire front avec toute sa communauté d'utilisateurs. Le pouvoir des foules.
YouTube, récemment acquis par Google, se trouve dans une situation inconfortable du même ordre. La différence est que malgré des Termes et conditions de services parfaitement clairs à ce sujet, les utilisateurs du site de publication de vidéos continuent à y poster des contenus parfois sous copyright. Comme pressenti au moment de l'acquisition par Google, les procès ne tardèrent pas et Viacom attaqua YouTube mi mars, cherchant 1 milliard de dollars dommages et intérêts pour violation de copyright dans 160.000 clips vidéo téléchargés sur le site par ses utilisateurs. Ce qui évoquait inévitablement les procès lancés par la RIAA (Recording Industry Association of America, la toute puissante association interprofessionnelle qui défend les intérêts de l'industrie du disque américaine) qui eut raison de Napster et de Grokster malgré leur popularité. Mais dans ce cas, le modèle de développement de YouTube ne dépend pas spécifiquement de contenus sous copyright mais bien de vidéos personnelles produites par ses utilisateurs, et, surtout, peut maintenant puiser, contrairement à des startups comme Digg, dans des poches profondes (NASDAQ:GOOG : 146,5 milliards de dollars de capitalisation).
Dans sa réponse officielle au tribunal d'instance de New York, Google indique que « en cherchant à rendre les prestataires et hébergeurs responsables des communications Internet, la plainte de Viacom menace la façon dont des centaines de millions de gens échangent légitimement de l'information, des actualités, du divertissement, et des expressions politiques et artistiques ». (Notons que cette ligne de défense serait plus périlleuse en France, sans parler de la Chine où le comportement de Google fut bien différent par le passé.) Google insiste sur le fait qu'il se place sous le régime protecteur accordé aux hébergeurs et intermédiaires techniques par la loi américaine sur le droit d'auteur (DMCA), d'ailleurs négociée en 1998 entre autres par Viacom ! Pour Viacom, cet argument est fallacieux puisque Google aurait connaissance des contenus qu'il propose sur YouTube. « Il n'est tout simplement pas crédible qu'une entreprise dont la mission est d'organiser l'information du monde prétende qu'il ne peut pas trouver ce qui est sur YouTube », a réagi Viacom dans un communiqué. Google rappelle que des outils de recherche sont à disposition des fournisseurs de contenus et que la longueur des vidéos postées est limitée automatiquement.
C'est dans ce contexte que l'on doit remettre la décision récente de YouTube de commencer (doucement) à rémunérer certains de ses vidéastes. Après avoir négocié durement quelques accords de rémunération avec de grands studios et ayant droits, YouTube commence à payer les créateurs indépendants qui publient leurs vidéos sur le site. Le programme de partage des revenus publicitaires est néanmoins réservé à une toute petite partie des créateurs les plus populaires de YouTube, dans l'esprit de tirer la qualité des vidéos vers le haut et rassurer les annonceurs sur la qualité des vidéos auxquelles leurs messages seront associés. Ici, semble-t-il, on instrumente le pouvoir des foules pour servir des intérêts commerciaux.
Les démêlés de Digg, qui ne sont donc pas finis, montrent aux zélateurs du Web 2.0 que parfois la communauté peut prévaloir sur ses initiateurs. Même au risque de tomber dans l'illégalité ?
Digg, le site d'agrégation et de partage de nouvelles, devant la multiplication des injonctions de l'Advanced Access Content System Licensing Administration, s'était vu contraint de supprimer d'autorité un billet d'un programmeur qui révélait un code débloquant la copie de DVD au format haute définition HD-DVD. L'AACS (« Share The Vision » proclame fièrement le slogan de sa page d'accueil) est un poids lourd : fondé par IBM, Intel, Microsoft, Panasonic, Toshiba, Sony, Disney et Warner Brothers, on imagine aisément qu'elle ne plaisante pas avec le DRM, la gestion de droits numériques.
Pour être précis, ce code est en fait nécessaire pour permettre la lecture de ce type de DVD sous Linux, un système d'exploitation non autorisé pour l'instant, et éventuellement la copie, si, du moins, le logiciel pour la faire était disponible. Le code n'est donc à proprement parler qu'une clé qui permettrait éventuellement de contourner un mécanisme de protection de droits imposé par des industriels. Aux Etats-Unis, le contournement de dispositifs de protection est considéré comme illégal et sanctionné.
Devant les menaces légales, Digg avait donc cédé et supprimé le compte de celui qui offensait ainsi les géants du contenu. Mais le programmeur à l'origine du billet s'estimant floué par le site, réussit à faire remonter le billet en question affichant le code incriminé dans le classement Digg en employant une nouvelle identité Digg et déclenchant au passage une vague protestataire de grande ampleur, des milliers d'utilisateurs Digg se mettant à faire de même et à poster le code hexadécimal sur d'autres sites communautaires. En quelques jours, la chaîne de caractères était devenue le nombre entier le plus visible dans la blogosphère. Devant la démonstration de force de cette foule anonyme mais solidaire, le fondateur de Digg, Kevin Rose, annonçait le 1er Mai revenir sur sa décision et laisser les utilisateurs poster suivant leur gré (mais avait-il le choix ?). Rose ajoutait qu'il était prêt à faire face à toutes les ramifications légales que cette volte-face pouvait entraîner. Entre laisser les avocats menacer le modèle de développement de son entreprise, qui repose sur l'augmentation du nombre des utilisateurs du service et de la récurrence de leurs interactions sur le site, alors que céder à leurs injonctions premières entraînait la colère des internautes et leur abandon en masse du site après leur action collective de soutien, et faire face en défendant à tout prix la liberté des utilisateurs, le choix de Kevin Rose est plutôt inhabituel.
En France, par exemple, les nouvelles dispositions légales peuvent contraindre un hébergeur à déconnecter tout site qui « mettrait à la disposition du public ou de communiquer au public, sciemment et sous quelque forme que ce soit, un dispositif manifestement destiné à la mise à disposition du public non autorisée d'oeuvres ou d'objets protégés » sous peine d'amende et de peine de prison.
Même si Digg et Kevin Rose en appellent, en des termes grandiloquents, à la liberté de parole qui est dans la Constitution américaine et se drapent dans des mots d'ordre, « Power to the People » (Pouvoir au Peuple !), qui rappellent une autre époque, le fond de la décision me semble avant tout reposer sur une analyse plutôt lucide du business dans lequel Digg est engagé et de ses éventuelles chances de succès. Au plan des ressources d'abord : que peuvent réellement les 18 employés de Digg devant les 15 millions de visiteurs uniques par mois que le site attire ? C'est le syndrome « Chicken Run », ce film d'animation récent dans lequel un couple de fermiers décidés à sacrifier leur poulailler au succès du développement commercial de leur ferme, se trouvent rapidement submergés par une « action collective » des dizaines de poules et poulets qui passent, dans le film, du rôle de victimes passives à celui d'aéronautes rescapés (et vengeurs !) en fuite vers des cieux meilleurs.
Un cas antérieur comparable avait été gagné par l'AACS au détriment d'une revue, 2600 Magazine, surnommée « le trimestriel des hackers », en 2000. Le risque était donc réel pour Digg de voir se volatiliser son business en voulant ignorer les premières injonctions. Au vu de l'ampleur de la réaction des internautes, Digg a réévalué son risque et choisi de faire front avec toute sa communauté d'utilisateurs. Le pouvoir des foules.
YouTube, récemment acquis par Google, se trouve dans une situation inconfortable du même ordre. La différence est que malgré des Termes et conditions de services parfaitement clairs à ce sujet, les utilisateurs du site de publication de vidéos continuent à y poster des contenus parfois sous copyright. Comme pressenti au moment de l'acquisition par Google, les procès ne tardèrent pas et Viacom attaqua YouTube mi mars, cherchant 1 milliard de dollars dommages et intérêts pour violation de copyright dans 160.000 clips vidéo téléchargés sur le site par ses utilisateurs. Ce qui évoquait inévitablement les procès lancés par la RIAA (Recording Industry Association of America, la toute puissante association interprofessionnelle qui défend les intérêts de l'industrie du disque américaine) qui eut raison de Napster et de Grokster malgré leur popularité. Mais dans ce cas, le modèle de développement de YouTube ne dépend pas spécifiquement de contenus sous copyright mais bien de vidéos personnelles produites par ses utilisateurs, et, surtout, peut maintenant puiser, contrairement à des startups comme Digg, dans des poches profondes (NASDAQ:GOOG : 146,5 milliards de dollars de capitalisation).
Dans sa réponse officielle au tribunal d'instance de New York, Google indique que « en cherchant à rendre les prestataires et hébergeurs responsables des communications Internet, la plainte de Viacom menace la façon dont des centaines de millions de gens échangent légitimement de l'information, des actualités, du divertissement, et des expressions politiques et artistiques ». (Notons que cette ligne de défense serait plus périlleuse en France, sans parler de la Chine où le comportement de Google fut bien différent par le passé.) Google insiste sur le fait qu'il se place sous le régime protecteur accordé aux hébergeurs et intermédiaires techniques par la loi américaine sur le droit d'auteur (DMCA), d'ailleurs négociée en 1998 entre autres par Viacom ! Pour Viacom, cet argument est fallacieux puisque Google aurait connaissance des contenus qu'il propose sur YouTube. « Il n'est tout simplement pas crédible qu'une entreprise dont la mission est d'organiser l'information du monde prétende qu'il ne peut pas trouver ce qui est sur YouTube », a réagi Viacom dans un communiqué. Google rappelle que des outils de recherche sont à disposition des fournisseurs de contenus et que la longueur des vidéos postées est limitée automatiquement.
C'est dans ce contexte que l'on doit remettre la décision récente de YouTube de commencer (doucement) à rémunérer certains de ses vidéastes. Après avoir négocié durement quelques accords de rémunération avec de grands studios et ayant droits, YouTube commence à payer les créateurs indépendants qui publient leurs vidéos sur le site. Le programme de partage des revenus publicitaires est néanmoins réservé à une toute petite partie des créateurs les plus populaires de YouTube, dans l'esprit de tirer la qualité des vidéos vers le haut et rassurer les annonceurs sur la qualité des vidéos auxquelles leurs messages seront associés. Ici, semble-t-il, on instrumente le pouvoir des foules pour servir des intérêts commerciaux.
Les démêlés de Digg, qui ne sont donc pas finis, montrent aux zélateurs du Web 2.0 que parfois la communauté peut prévaloir sur ses initiateurs. Même au risque de tomber dans l'illégalité ?
jeudi, avril 26, 2007
Le mystère de l'Algorithme
Le mystérieux message m'est d'abord apparu sur un panneau publicitaire surplombant la Highway 101, alors que le taxi m'amenait de l'aéroport de San Francisco à Union Square. En grandes lettres blanches sur fond bleu, sans autre indication, on peut encore y lire : « THE ALGORITHM KILLED JEEVES ».
Pour le vieux lecteur d'Agatha Christie, ce type d'annonce met inévitablement en branle les fameuses cellules grises du Poirot qui sommeille en nous et, malgré les neuf heures de décalage horaire et le fastidieux vol transatlantique, la nécessité d'enquêter sur ce « teaser » des plus curieux s'impose immédiatement. Premier réflexe : une facétie de Google. Jeeves est bien sûr l'impayable majordome inventé par P.G. Woodehouse, dont le flegme britannique et l'humour tout en euphémisme ont fait le succès de la série des romans publiés dans les années 1930. L'imperturbable butler avait été choisi comme emblème par le moteur de recherches askjeeves.com, fondé en 1996 et passé public au NASDAQ en 1999. Pouvait-il donc s'agir d'une publicité de son rival historique Google moquant le caractère supposé suranné de ses algorithmes de recherche ?
Car Google manifeste ces derniers temps un appétit féroce pour tous les types de publicité. La presse et la blogosphère ne bruissaient la semaine dernière que des commentaires sur l'acquisition de DoubleClick (pour 3,1 milliards de dollars) et sur l'accord de distribution avec le groupe de communications Clear Channel pour vendre des annonces publicitaires sur ses 675 stations de radio aux Etats-Unis. Google avait acheté la société DMarc Broadcasting, spécialiste du secteur, l'année dernière (102 millions de dollars) ; elle avait également expérimenté avec la publicité dans la presse papier en achetant des pages de publicité dans des quotidiens américains pour les revendre à ses annonceurs. On était donc en droit d'attendre quelques perfidies dirigées contre ses concurrents directs, et contre askjeeves.com rebaptisé ask.com au moment de son rachat par Interactive Media en 2005 (2,3 milliards de dollars en juillet 2005).
Mais mon enquête se compliquait rapidement. Trois jours plus tard, au volant cette fois de ma voiture de location, pour rencontrer les fondateurs français de la startup Kinemo - un service d'animation et de mise en scène des messages texte pour les téléphones mobiles - un autre panneau de même format, mêmes police de caractère et couleurs, au bord de la 101, du côté de Palo Alto, annonçait : « THE ALGORITHM IS FROM JERSEY ». Voilà qui était moins clair.
Une recherche (sur Google !) révélait qu'à New York avait également surgi un message crypté sur un panneau publicitaire : « THE ALGORITHM IS BANNED IN CHINA », ce qui venait ajouter à ma confusion. Le lendemain on lisait sur un panneau publicitaire ornant un mur de Manhattan : « THE ALGORITHM CONSTANTLY FIND JESUS », ce qui achevait de me perdre en conjectures. Quels indices chercher dans l'allitération « Jeeves, Jersey, Jesus » ? Pourquoi une interdiction en Chine ? Une communauté évangélique du New Jersey serait-elle responsable de l'assassinat d'un majordome en Chine ? Bref, mon enquête était au point mort.
L'hypothèse la plus communément admise aujourd'hui, et reprise dans une grande variété de blogs, serait celle d'une campagne diabolique menée par ask.com elle-même pour annoncer son nouveau moteur de recherche. Jusqu'à maintenant, le moteur de recherche utilisait comme algorithme de pertinence celui de la société Teoma, rachetée en 2001, modifié au fur et à mesure des besoins. Premier indice : Teoma, fondée par des chercheurs de l'Université Rutgers, était basée dans le New Jersey où ask.com maintient à ce jour un laboratoire de recherches. Il semblerait donc qu'un nouvel algorithme soit en chantier, sous le nom de code Edison, d’après les annonces de la société ask.com. Edison est un projet qui couplerait la technologie de Teoma à celle de DirectHit, une autre technologie basée, quant à elle, sur l'analyse des clics des utilisateurs dans les pages de résultats, rachetée là aussi par ask.com en 2000 et qui avait été popularisée par le moteur de recherche HotBot, dont on parlait beaucoup à l'époque, en 1999... Edison, « THE ALGORITHM », développé dans le New Jersey, mettrait ainsi fin au moteur traditionnel hérité de (Ask)Jeeves. Alors pourquoi l'interdiction en Chine - une référence à l'épisode peu reluisant de Google cédant aux injonctions du gouvernement chinois ou bien à la campagne de « purification de l'Internet » lancée en Chine lundi dernier par le président Hu JinTao ? Et surtout pourquoi la découverte « constante » de Jesus ?
Le mystère de l’algorithme reste entier.
Pour le vieux lecteur d'Agatha Christie, ce type d'annonce met inévitablement en branle les fameuses cellules grises du Poirot qui sommeille en nous et, malgré les neuf heures de décalage horaire et le fastidieux vol transatlantique, la nécessité d'enquêter sur ce « teaser » des plus curieux s'impose immédiatement. Premier réflexe : une facétie de Google. Jeeves est bien sûr l'impayable majordome inventé par P.G. Woodehouse, dont le flegme britannique et l'humour tout en euphémisme ont fait le succès de la série des romans publiés dans les années 1930. L'imperturbable butler avait été choisi comme emblème par le moteur de recherches askjeeves.com, fondé en 1996 et passé public au NASDAQ en 1999. Pouvait-il donc s'agir d'une publicité de son rival historique Google moquant le caractère supposé suranné de ses algorithmes de recherche ?
Car Google manifeste ces derniers temps un appétit féroce pour tous les types de publicité. La presse et la blogosphère ne bruissaient la semaine dernière que des commentaires sur l'acquisition de DoubleClick (pour 3,1 milliards de dollars) et sur l'accord de distribution avec le groupe de communications Clear Channel pour vendre des annonces publicitaires sur ses 675 stations de radio aux Etats-Unis. Google avait acheté la société DMarc Broadcasting, spécialiste du secteur, l'année dernière (102 millions de dollars) ; elle avait également expérimenté avec la publicité dans la presse papier en achetant des pages de publicité dans des quotidiens américains pour les revendre à ses annonceurs. On était donc en droit d'attendre quelques perfidies dirigées contre ses concurrents directs, et contre askjeeves.com rebaptisé ask.com au moment de son rachat par Interactive Media en 2005 (2,3 milliards de dollars en juillet 2005).
Mais mon enquête se compliquait rapidement. Trois jours plus tard, au volant cette fois de ma voiture de location, pour rencontrer les fondateurs français de la startup Kinemo - un service d'animation et de mise en scène des messages texte pour les téléphones mobiles - un autre panneau de même format, mêmes police de caractère et couleurs, au bord de la 101, du côté de Palo Alto, annonçait : « THE ALGORITHM IS FROM JERSEY ». Voilà qui était moins clair.
Une recherche (sur Google !) révélait qu'à New York avait également surgi un message crypté sur un panneau publicitaire : « THE ALGORITHM IS BANNED IN CHINA », ce qui venait ajouter à ma confusion. Le lendemain on lisait sur un panneau publicitaire ornant un mur de Manhattan : « THE ALGORITHM CONSTANTLY FIND JESUS », ce qui achevait de me perdre en conjectures. Quels indices chercher dans l'allitération « Jeeves, Jersey, Jesus » ? Pourquoi une interdiction en Chine ? Une communauté évangélique du New Jersey serait-elle responsable de l'assassinat d'un majordome en Chine ? Bref, mon enquête était au point mort.
L'hypothèse la plus communément admise aujourd'hui, et reprise dans une grande variété de blogs, serait celle d'une campagne diabolique menée par ask.com elle-même pour annoncer son nouveau moteur de recherche. Jusqu'à maintenant, le moteur de recherche utilisait comme algorithme de pertinence celui de la société Teoma, rachetée en 2001, modifié au fur et à mesure des besoins. Premier indice : Teoma, fondée par des chercheurs de l'Université Rutgers, était basée dans le New Jersey où ask.com maintient à ce jour un laboratoire de recherches. Il semblerait donc qu'un nouvel algorithme soit en chantier, sous le nom de code Edison, d’après les annonces de la société ask.com. Edison est un projet qui couplerait la technologie de Teoma à celle de DirectHit, une autre technologie basée, quant à elle, sur l'analyse des clics des utilisateurs dans les pages de résultats, rachetée là aussi par ask.com en 2000 et qui avait été popularisée par le moteur de recherche HotBot, dont on parlait beaucoup à l'époque, en 1999... Edison, « THE ALGORITHM », développé dans le New Jersey, mettrait ainsi fin au moteur traditionnel hérité de (Ask)Jeeves. Alors pourquoi l'interdiction en Chine - une référence à l'épisode peu reluisant de Google cédant aux injonctions du gouvernement chinois ou bien à la campagne de « purification de l'Internet » lancée en Chine lundi dernier par le président Hu JinTao ? Et surtout pourquoi la découverte « constante » de Jesus ?
Le mystère de l’algorithme reste entier.
dimanche, avril 22, 2007
Le Web 2.0 dans toute sa splendeur à San Francisco
Pour paraphraser Mark Twain, les annonces claironnant la fin du Web 2.0 me semblent très exagérées. Il y avait longtemps, en effet, que l'on n'avait vu une telle foule - plus de onze mille inscrits à la conférence - littéralement envahir le building flambant neuf du Moscone West, au coeur de San Francisco, South of Market, dans la fraîcheur matinale pour écouter les invités de Tim O'Reilly et, surtout, parcourir les allées interminables de la première édition de l'exposition Web 2.0.
Ces derniers temps, accoler le numéro de version 2.0 au Web fait immanquablement penser qu'une Bulle de première magnitude est en préparation. Certains signes ne sauraient tromper l'observateur attentif, doté d'une mémoire dont le terme remonte antérieurement à 1999. Première indication : une foule bigarrée, alternant catogans et tee-shirts défraîchis avec costume-cravate, Grande Costa Rica Tarazu fumant dans le gobelet Starbucks à la main. Seconde indication : un agenda serré de fêtes et de « parties » improvisées soir après soir dans les galeries d'art voisines du Moscone. Comble du chic : ne venir à San Francisco que pour offir aux visiteurs de l'exposition une fête techno toute la nuit, sans participer ni à la conférence, ni à l'exposition elle-même : stratégie de Google à Davos, reprise avec succès par Netvibes ici. Troisième indication : l'insistance des organisateurs à orchestrer une « un-conference » en encourageant les visiteurs à prendre la parole sur leurs sujets d'intérêt dans un élan (spontané ?) d'inspiration. Autres indications en vrac : une liste de tags à utiliser pour la publication des photos sur Flickr et des vidéos sur YouTube, des malheureux entrepreneurs à qui l'on fait l'aumône de 6 minutes sur scène pour lancer leur startup, des lancements de salves de tee-shirts dans le hall d'exposition, des bornes WiFi à tous les étages, bref tout le dispositif théâtral indispensable à l'autocélébration de la révolution proclamée du média social !
Alors que sur scène, Eric Schmidt, pull col en V bleu ciel et cravate rose du meilleur effet, défendait l'acquisition de DoubleClick par Google dont le montant (plus de 3 milliards de dollars) défraye la chronique et provoque l'ire des deux autres prétendants au « deal », ATT et Microsoft, qui, du coup, crient au monopole - venant d'eux c'est cocasse - l'impression qui se dégageait du hall d'exposition était bien plus studieuse et pragmatique. Une foule compacte parcourait les stands où voisinaient géants de l'Internet comme Adobe et toutes jeunes startups venues du monde entier. Une idée forte se dégageait progressivement des conversations et des démonstrations menées sur les stands serrés des exposants : les technologies et l'architecture mises en oeuvre pour assurer le succès des grands sites dits sociaux du Web 2.0 devraient également se révéler particulièrement utiles pour redonner lustre aux applications d'entreprise en remettant au centre celui que l'on avait eu tendance à oublier ces derniers temps : l'utilisateur. Le « mashup » pourrait être un excellent outil pour l'informatique d'entreprise, déchargeant partiellement le département informatique du travail de présentation des données suivant les préférences et les privilèges des différentes populations d'utilisateurs de ses services, et mettant ces mêmes utilisateurs dans la position de chef d'orchestre de la personnalisation de leur propre accès aux données nécessaires à leur tâches métier.
Le contingent français était malheureusement bien réduit dans le gigantesque hall d'exposition. Pendant que Tariq Krim jouait les vedettes cinégéniques, on ne comptait guère que sur les vaillants Yoono et DreamFace Interactive pour présenter technologies et services imaginés en France pour le Web 2.0... Souhaitons que joue l'effet d'entraînement.
Et pendant ce temps là, le très sérieux MIT proclamait l'avènement de l'âge « Human 2.0 », une initiative du MIT Media Lab pour créer un être humain amélioré ! Tout sur « h2.0 » à découvrir dans un symposium prévu le mois prochain sur les thèmes : nouveaux esprits, nouveaux corps et nouvelles identités. (Déjà onze mille robots inscrits, peut-être...)
Ces derniers temps, accoler le numéro de version 2.0 au Web fait immanquablement penser qu'une Bulle de première magnitude est en préparation. Certains signes ne sauraient tromper l'observateur attentif, doté d'une mémoire dont le terme remonte antérieurement à 1999. Première indication : une foule bigarrée, alternant catogans et tee-shirts défraîchis avec costume-cravate, Grande Costa Rica Tarazu fumant dans le gobelet Starbucks à la main. Seconde indication : un agenda serré de fêtes et de « parties » improvisées soir après soir dans les galeries d'art voisines du Moscone. Comble du chic : ne venir à San Francisco que pour offir aux visiteurs de l'exposition une fête techno toute la nuit, sans participer ni à la conférence, ni à l'exposition elle-même : stratégie de Google à Davos, reprise avec succès par Netvibes ici. Troisième indication : l'insistance des organisateurs à orchestrer une « un-conference » en encourageant les visiteurs à prendre la parole sur leurs sujets d'intérêt dans un élan (spontané ?) d'inspiration. Autres indications en vrac : une liste de tags à utiliser pour la publication des photos sur Flickr et des vidéos sur YouTube, des malheureux entrepreneurs à qui l'on fait l'aumône de 6 minutes sur scène pour lancer leur startup, des lancements de salves de tee-shirts dans le hall d'exposition, des bornes WiFi à tous les étages, bref tout le dispositif théâtral indispensable à l'autocélébration de la révolution proclamée du média social !
Alors que sur scène, Eric Schmidt, pull col en V bleu ciel et cravate rose du meilleur effet, défendait l'acquisition de DoubleClick par Google dont le montant (plus de 3 milliards de dollars) défraye la chronique et provoque l'ire des deux autres prétendants au « deal », ATT et Microsoft, qui, du coup, crient au monopole - venant d'eux c'est cocasse - l'impression qui se dégageait du hall d'exposition était bien plus studieuse et pragmatique. Une foule compacte parcourait les stands où voisinaient géants de l'Internet comme Adobe et toutes jeunes startups venues du monde entier. Une idée forte se dégageait progressivement des conversations et des démonstrations menées sur les stands serrés des exposants : les technologies et l'architecture mises en oeuvre pour assurer le succès des grands sites dits sociaux du Web 2.0 devraient également se révéler particulièrement utiles pour redonner lustre aux applications d'entreprise en remettant au centre celui que l'on avait eu tendance à oublier ces derniers temps : l'utilisateur. Le « mashup » pourrait être un excellent outil pour l'informatique d'entreprise, déchargeant partiellement le département informatique du travail de présentation des données suivant les préférences et les privilèges des différentes populations d'utilisateurs de ses services, et mettant ces mêmes utilisateurs dans la position de chef d'orchestre de la personnalisation de leur propre accès aux données nécessaires à leur tâches métier.
Le contingent français était malheureusement bien réduit dans le gigantesque hall d'exposition. Pendant que Tariq Krim jouait les vedettes cinégéniques, on ne comptait guère que sur les vaillants Yoono et DreamFace Interactive pour présenter technologies et services imaginés en France pour le Web 2.0... Souhaitons que joue l'effet d'entraînement.
Et pendant ce temps là, le très sérieux MIT proclamait l'avènement de l'âge « Human 2.0 », une initiative du MIT Media Lab pour créer un être humain amélioré ! Tout sur « h2.0 » à découvrir dans un symposium prévu le mois prochain sur les thèmes : nouveaux esprits, nouveaux corps et nouvelles identités. (Déjà onze mille robots inscrits, peut-être...)
dimanche, avril 08, 2007
Tapis Rouge pour le financement de l'innovation
Tapis rouge pour l'investissement dans les startups innovantes jeudi dernier à Paris ! Tout à fait dans l'esprit du lieu, situé en face de la mairie du Xe arrondissement de Paris, l'espace « Tapis Rouge » renvoie historiquement au premier « grand magasin de nouveautés » établi dans la capitale en 1784... Et des nouveautés il y en avait en devanture à ces journées Capital IT de rencontres entre investisseurs et entreprises innovantes : biotechnologie, informatique, développement durables, énergie, télécommunications, santé... de nombreuses équipes se sont succédées sur l'estrade prouvant s'il en était besoin la vitalité des projets de startups en France.
Mais le tableau de l'écosystème français de l'innovation et, en particulier, de la niche écologique « jeunes entreprises innovantes » est pour le moins contrasté. Premier constat : peu de gens finalement dans la salle pour écouter ces présentations et celles d'invités prestigieux comme Bernard Charlès, le dirigeant de Dassault Systèmes. Deux pistes possibles d'explication : le désintérêt marqué en France des investisseurs, institutionnels en particulier, pour le capital risque entendu dans le sens de la prise de risque au côté des entreprises à capitaux privés et en démarrage, d'une part ; le curieux dispositif d'inscription à cet événement, et à d'autres d'ailleurs du même genre, où il est demandé de se classer dans une des catégories « entrepreneur », « business angel », « investisseur » - cette dernière se déclinant également sous les rubriques seed investor, incubateur, capital risque, capital développement etc. - d'autre part.
Au Tapis Rouge, on se félicitait abondamment et l'on s'autocongratulait dans les couloirs : en effet les investissements des fonds de capital-risque dans les sociétés françaises du secteur Internet, télécoms et logiciels ont augmenté de 27,7 % sur un an au premier trimestre 2007. Selon l'indicateur du Journal du Net, le montant des opérations s'établit sur les trois premiers mois de l'année 2007 à 104,62 millions d'euros, contre 81,9 millions il y a un an. Un chiffre également bien supérieur à la somme des opérations réalisées sur le dernier trimestre 2006. Et dire que malgré cela, une étude du cabinet d'avocats international Simmons et Simmons et de la Société Générale Corporate Investment Banking, montrait que la France ne se plaçait au cinquième rang des pays où une croissance de l'activité était attendue dans le secteur du private equity en 2007 (après la Chine, l'Allemagne, l'Europe Centrale et l'Europe de l'Est) et hors Etats-Unis - 5,8 milliards de dollars investis au dernier trimestre 2006, pour remettre en perspective.
Quant au travers de la classification forcenée et de ses diverses manifestations pathologiques : établissement de listes noires, blanches, protégées ; fragmentation en pôles, de compétitivité, de compétitivité mondiaux, de compétitivité à vocation mondiale ; étiquetage fébrile des bureaucrates, label FCPI ANVAR, JEI, micro-entreprise, gazelle, il est devenu caractéristique de la politique publique d'encouragement à l'innovation depuis maintenant dix ans. À chaque nouveau ministre, nouveaux labels, nouvelles initiatives et nouvelle redistribution des (mêmes) cartes. L'Etat, dans une démarche d'inspiration napoléonienne sans doute, centralise, classe, qualifie, catégorise et établit la hiérarchisation du dendogramme du système français de l'innovation.
Dernière illustration en date : « en France, on manque de gazelles parce qu'on est à court d'investisseurs providentiels » nous a-t-on expliqué début 2006, au plus haut niveau : Ministère des finances et Présidence de la République. Traduction : si la mortalité des très jeunes entreprises est très élevée en France, c'est sûrement parce qu'elles n'intéressent personne chez les investisseurs en capital, dont c'est pourtant le métier, et que les individus fortunés qui pourraient éventuellement s'y substituer, comme c'est le cas aux États-Unis, ont depuis longtemps déserté à Gstaad ou ailleurs, traîtres et déserteurs, une fiscalité qu'ils jugent punitive. Qu'à cela ne tienne ! La puissance publique décrète une nouvelle dotation de deux milliards d'euros à nos grandes agences publiques, à l'OSEO et à la Caisse des Dépôts pour se substituer à cette inadmissible défaillance bien soudainement constatée. Comme naguère à propos de l'AII, il est permis de se demander si le dirigisme est vraiment une bonne inspiration pour préserver la richesse des circuits de rencontres et de financement de l'innovation.
C'était d'ailleurs tout le sens de l'intervention de Bernard Charlès, le sémillant dirigeant de Dassault Systèmes, l'un des très rares poids lourds mondiaux du logiciel d'origine française - avec l'autre Bernard, Liautaud de Business Object. Son enthousiasme pour les nouvelles technologies, surtout pour celles de conception virtuelle de produits dont Dassault Systèmes est le champion, qu'il illustrait brillamment avec la reconstitution complète du chantier virtuel de la construction de la pyramide de Khéops réalisée par ses équipes pour valider les hypothèses de l'archéologue Jean-Pierre Houdin sur le processus d'édification des grandes pyramides d'Egypte, faisait plaisir à voir et offrait un contrepoint à l'apathie de l'audience. (Précipitez-vous sur le site 3ds.com pour découvrir cette saisissante visualisation, réalisée avec la technologie Virtools, une startup française acquise par le géant il y a plus d'un an.) Tout produit, nous dit-il, peut maintenant être entièrement conçu virtuellement, en collaboration avec des équipes réparties aux quatre coins du monde, testé, validé, exploré sous toutes ses formes avant de passer directement à la fabrication. Mieux que « Second Life », Bernard Charlès a l'ambition d'outiller la « First Life » ! Et les talents pour le faire, comme Virtools, existent en France et en Europe nous assure-t-il ; il s'agit simplement de préserver les conditions de l'épanouissement de ces talents. C'est pourquoi Bernard Charlès plaide en faveur d'un Small Business Act en France (une mesure mise en place depuis 1953 aux États-Unis imposant, entre autres, aux appels d'offres gouvernementaux de prendre systématiquement en compte les PME). C'est aussi la raison pour laquelle Dassault Systèmes a mis en place un programme d'assistance aux jeunes entreprises, visant à partager avec elles les savoir-faire et les bonnes pratiques acquises par le « grand frère » dans sa stratégie de développement.
Une « to do list » plus pressante que le discours lénifiant qui suivit de Julie Meyer, starlette de la Bulle Internet avec l'organisation des First Tuesday, qui voit en Europe les « prochains Google », suite naturelle, selon elle, des succès typiquement européens comme Skype. Un bon signe ? Il y aurait même, d'après Julie Meyer, moue mutine, des serial entrepreneurs américains - rendez-vous compte ! - qui viendraient en Europe créer leur nouvelle startup ! Entre South Kensington et Notting Hill, sans doute...
Restait ensuite à nos entrepreneurs, sélectionnés comme les grands crûs, à plancher hésitants devant l'audience perplexe : de quoi se réconcilier avec les jeunes entreprises innovantes, enfin !
Mais le tableau de l'écosystème français de l'innovation et, en particulier, de la niche écologique « jeunes entreprises innovantes » est pour le moins contrasté. Premier constat : peu de gens finalement dans la salle pour écouter ces présentations et celles d'invités prestigieux comme Bernard Charlès, le dirigeant de Dassault Systèmes. Deux pistes possibles d'explication : le désintérêt marqué en France des investisseurs, institutionnels en particulier, pour le capital risque entendu dans le sens de la prise de risque au côté des entreprises à capitaux privés et en démarrage, d'une part ; le curieux dispositif d'inscription à cet événement, et à d'autres d'ailleurs du même genre, où il est demandé de se classer dans une des catégories « entrepreneur », « business angel », « investisseur » - cette dernière se déclinant également sous les rubriques seed investor, incubateur, capital risque, capital développement etc. - d'autre part.
Au Tapis Rouge, on se félicitait abondamment et l'on s'autocongratulait dans les couloirs : en effet les investissements des fonds de capital-risque dans les sociétés françaises du secteur Internet, télécoms et logiciels ont augmenté de 27,7 % sur un an au premier trimestre 2007. Selon l'indicateur du Journal du Net, le montant des opérations s'établit sur les trois premiers mois de l'année 2007 à 104,62 millions d'euros, contre 81,9 millions il y a un an. Un chiffre également bien supérieur à la somme des opérations réalisées sur le dernier trimestre 2006. Et dire que malgré cela, une étude du cabinet d'avocats international Simmons et Simmons et de la Société Générale Corporate Investment Banking, montrait que la France ne se plaçait au cinquième rang des pays où une croissance de l'activité était attendue dans le secteur du private equity en 2007 (après la Chine, l'Allemagne, l'Europe Centrale et l'Europe de l'Est) et hors Etats-Unis - 5,8 milliards de dollars investis au dernier trimestre 2006, pour remettre en perspective.
Quant au travers de la classification forcenée et de ses diverses manifestations pathologiques : établissement de listes noires, blanches, protégées ; fragmentation en pôles, de compétitivité, de compétitivité mondiaux, de compétitivité à vocation mondiale ; étiquetage fébrile des bureaucrates, label FCPI ANVAR, JEI, micro-entreprise, gazelle, il est devenu caractéristique de la politique publique d'encouragement à l'innovation depuis maintenant dix ans. À chaque nouveau ministre, nouveaux labels, nouvelles initiatives et nouvelle redistribution des (mêmes) cartes. L'Etat, dans une démarche d'inspiration napoléonienne sans doute, centralise, classe, qualifie, catégorise et établit la hiérarchisation du dendogramme du système français de l'innovation.
Dernière illustration en date : « en France, on manque de gazelles parce qu'on est à court d'investisseurs providentiels » nous a-t-on expliqué début 2006, au plus haut niveau : Ministère des finances et Présidence de la République. Traduction : si la mortalité des très jeunes entreprises est très élevée en France, c'est sûrement parce qu'elles n'intéressent personne chez les investisseurs en capital, dont c'est pourtant le métier, et que les individus fortunés qui pourraient éventuellement s'y substituer, comme c'est le cas aux États-Unis, ont depuis longtemps déserté à Gstaad ou ailleurs, traîtres et déserteurs, une fiscalité qu'ils jugent punitive. Qu'à cela ne tienne ! La puissance publique décrète une nouvelle dotation de deux milliards d'euros à nos grandes agences publiques, à l'OSEO et à la Caisse des Dépôts pour se substituer à cette inadmissible défaillance bien soudainement constatée. Comme naguère à propos de l'AII, il est permis de se demander si le dirigisme est vraiment une bonne inspiration pour préserver la richesse des circuits de rencontres et de financement de l'innovation.
C'était d'ailleurs tout le sens de l'intervention de Bernard Charlès, le sémillant dirigeant de Dassault Systèmes, l'un des très rares poids lourds mondiaux du logiciel d'origine française - avec l'autre Bernard, Liautaud de Business Object. Son enthousiasme pour les nouvelles technologies, surtout pour celles de conception virtuelle de produits dont Dassault Systèmes est le champion, qu'il illustrait brillamment avec la reconstitution complète du chantier virtuel de la construction de la pyramide de Khéops réalisée par ses équipes pour valider les hypothèses de l'archéologue Jean-Pierre Houdin sur le processus d'édification des grandes pyramides d'Egypte, faisait plaisir à voir et offrait un contrepoint à l'apathie de l'audience. (Précipitez-vous sur le site 3ds.com pour découvrir cette saisissante visualisation, réalisée avec la technologie Virtools, une startup française acquise par le géant il y a plus d'un an.) Tout produit, nous dit-il, peut maintenant être entièrement conçu virtuellement, en collaboration avec des équipes réparties aux quatre coins du monde, testé, validé, exploré sous toutes ses formes avant de passer directement à la fabrication. Mieux que « Second Life », Bernard Charlès a l'ambition d'outiller la « First Life » ! Et les talents pour le faire, comme Virtools, existent en France et en Europe nous assure-t-il ; il s'agit simplement de préserver les conditions de l'épanouissement de ces talents. C'est pourquoi Bernard Charlès plaide en faveur d'un Small Business Act en France (une mesure mise en place depuis 1953 aux États-Unis imposant, entre autres, aux appels d'offres gouvernementaux de prendre systématiquement en compte les PME). C'est aussi la raison pour laquelle Dassault Systèmes a mis en place un programme d'assistance aux jeunes entreprises, visant à partager avec elles les savoir-faire et les bonnes pratiques acquises par le « grand frère » dans sa stratégie de développement.
Une « to do list » plus pressante que le discours lénifiant qui suivit de Julie Meyer, starlette de la Bulle Internet avec l'organisation des First Tuesday, qui voit en Europe les « prochains Google », suite naturelle, selon elle, des succès typiquement européens comme Skype. Un bon signe ? Il y aurait même, d'après Julie Meyer, moue mutine, des serial entrepreneurs américains - rendez-vous compte ! - qui viendraient en Europe créer leur nouvelle startup ! Entre South Kensington et Notting Hill, sans doute...
Restait ensuite à nos entrepreneurs, sélectionnés comme les grands crûs, à plancher hésitants devant l'audience perplexe : de quoi se réconcilier avec les jeunes entreprises innovantes, enfin !
dimanche, avril 01, 2007
Google Genomics
Google a prudemment attendu la veille de la réouverture des marchés pour annoncer deux nouvelles qui bouleversent les marchés : le rapprochement avec Affymetrix (NASDAQ:AFFX, plus de 2 milliards de dollars de capitalisation boursière) le spécialiste mondial des équipements médicaux de pointe et le contrat de numérisation, confié par le NIH (National Institutes of Health), des bases de données génomiques du National Center for Biotechnology Information, dans le cadre de son nouveau programme Google Genomics.
Affymetrix, basé à Santa Clara, a établi son succès sur la mise au point et la commercialisation des « DNA chips », de véritables ordinateurs spécialisés dans l'analyse, la gestion et le stockage des informations génétiques. Affymetrix, récemment sorti victorieux d'un procès engagé contre son concurrent Illumina sur ses logiciels d'analyse de variations génétiques, venait de nommer Robert Wayman, un ancien CFO de Hewlett-Packard, au poste de CFO de la société. Dans le communiqué de presse, plutôt lapidaire, Danio Rerio et Sus Scrofa, Executive Vice Presidents du tout nouveau programme Google Genomics, jettent néanmoins quelques lumières sur ce rapprochement des deux leaders industriels. L'acquisition des technologies de capture et d'analyse des données génétiques d'Affymetrix y est présentée comme essentielle à la stratégie « génomique » du moteur de recherches.
Le grand programme de numérisation des bases de données génomiques et protéomiques, second volet de l'annonce de Google Genomics, est évidemment à mettre dans le prolongement de cette opération de marché. D'après Rerio et Scrofa, l'accord signé avec le NCBI est le premier d'une série de partenariats qui seront mis en place entre Google et les grands laboratoires de recherche publics et privés aux USA (National Human Genome Research Institute, TIGR, etc.), puis dans le reste du monde (NIG, NIAR au Japon, Wellcome Trust Sanger Institute et Institute of Stem Cell Research au Royaume-uni, NFGN en Allemagne...). Ce qui ne va évidemment pas sans provoquer de vives réactions. Le cri d'alarme poussé par le Centre d'étude du polymorphisme humain à paraître à la tribune d'un grand quotidien du soir, « Quand Google défie l'Europe », appelle au sursaut patriotique pour la protection du patrimoine génétique national. Le Génopole d'Evry menace déjà d'une grève massive et les rumeurs les plus folles, faisant état d'un collectif de chercheurs barricadés dans un laboratoire haute sécurité de type P4 menaçant de libérer sur Internet des filovirus et FVH (Nipah, Lassa), circulent sur les blogs.
Si Google s'en tenait, en effet, à l'application de ses algorithmes de recherche et d'indexation aux données génétiques numérisées par ses soins, ce qui constitue le premier service annoncé aujourd'hui, Google Genomics Search, le monde de la recherche bénéficierait certainement des capacités d'hébergement et de calcul du géant de Mountain View. Mais la concomitance de l'annonce du programme Google Genomics et de l'examen par les députés américains (House of Representatives) de la résolution H.R.493, le Genetic Information Nondiscrimination Act of 2007 pour interdire toute discrimination sur la base d'information génétiques dans les contrat d'assurance et à l'embauche, ne semble pas fortuite aux observateurs. En effet, le second service, sobrement nommé « Google Me », fait écho au choix, en 2006, par Time Magazine de « You » (« Vous ! ») comme personnalité de l'année. Google Me propose gratuitement à tout possesseur d'un compte GMail, de collecter toute son information génétique grâce à une clé biométrique USB Affymetrix capable d'analyser le DNA d'une gouttelette de sang récupérée à l'application de l'index sur la clé et de la stocker sur ses serveurs de façon sécurisée.
Selon le Dr Zea Mays, la directrice de Google Me, la clé USB, qui sera distribuée gratuitement avec tout nouvel ordinateur, fonctionne sous Windows, Mac OS, et Linux. Des déclinaisons pour Windows CE, les mobiles et les lecteurs MP3 sont en cours de développement et devraient commencer à être distribuées cet été. Simultanément à l'analyse et la télétransmission de l'information à Google, la clé libère également un nano-organisme, un coccolithe muté, dans le système sanguin de l'utilisateur. Le nanorobot permet ainsi d'authentifier de façon totalement sécurisée l'utilisateur de Google Me lors de sa consultation et de l'usage des services. L'utilisateur Google Me pourra ainsi gérer ses informations génétiques en toute confidentialité. Le portail Google Me, comme GMail, est rémunéré par les bandeaux publicitaires qui apparaissent, proposant médicaments, traitements et services de santé relatifs aux risques de l'utilisateurs tels qu'ils ressortent de son analyse de DNA.
Google Me Relatives, quant à lui est un service de recherche de personnes rattachées à vous par les liens du sang. Le bouton « Relatives » sur la barre d'outils Google Me permet de comparer son information génétique à celles des utilisateurs du service et propose de vous mettre en relation par courriel avec tous les individus qui vous sont apparentés dans le monde. Google Me Toolbar automatise alors la création d'un espace d'échange et de collaboration Web 2.0, avec wiki, blog, courrier électronique et gestion de documents partagés pour cette « communauté » de porteurs de gènes. Le service est pour l'instant gratuit, a annoncé le Dr Mays, bénéficiant de subsides importants du Department of Homeland Security. « À travers ce nouveau programme, Google cherche à favoriser les réunions de familles dispersées et contribuer aux joies des retrouvailles d'individus éloignés que leur histoire personnelle ou la grande histoire avaient séparés, abolissant les barrières de l'espace et du temps », ont commenté Rerio et Scrofa.
Enfin, au quatrième trimestre 2007, Google Me devrait offrir le nouveau service « Clone » aux utilisateurs. Ce service innovant propose pour un abonnement nominal en cas de disparition de l'utilisateur d'en recréer un clone à partir des cellules souches et de l'information génétique collectée par Google. Les nombreuses opérations immobilières réalisées par Google en 2006 n'avaient pas pour but l'édification de datacenters comme le pensaient initialement les observateurs de l'industrie. Sur le blog de Manihot Esculenta ont été publiées quelques photos arrachées au secret imposé par Google sur la nature des travaux pharaoniques que le moteur de recherches à engagé (Lenoir, Caroline du nord, Les Dalles, Oregon pour les plus récents) : il s'agit bien de laboratoires de classe P4 de sécurité maximale auxquels sont livrés aujourd'hui plasmides, ADN recombinants, anticorps monoclonaux, et instruments de PCR. D'après Esculenta, Google aurait également fait un pont d'or à Adam Margolin de Columbia University, et à Alexander Hartemink et Jing Yu de Duke University célèbres pour leurs travaux sur les algorithmes d'analyse des réseaux de régulation des gènes.
Bill Gates a immédiatement réagi de Harvard, où il recevait son diplôme plus de trente quatre ans après avoir quitté l'école pour fonder Microsoft, en annonçant un nouveau programme « Information from your fingertips » (vous connaître du et jusqu'au bout des doigts), dans lequel les souris à roulette Microsoft seront désormais équipées d'analyseurs Applied Biosystems, un concurrent direct d'Affymetrix, permettant la collecte et la transmission des données génétiques de l'utilisateur sur le nouveau portail MSN You Live de l'éditeur de Redmond. Sur MSDN seront disponibles dès ce soir les premières DLL pour le développement d'applications sous « Gene Vista », nom de code « Elvis is On Live », la nouvelle bibliothèque dédiées aux applications bioinformatiques de l'éditeur de Redmond.
La concurrence des moteurs de recherche prend aujourd'hui un tour bien personnel...
Affymetrix, basé à Santa Clara, a établi son succès sur la mise au point et la commercialisation des « DNA chips », de véritables ordinateurs spécialisés dans l'analyse, la gestion et le stockage des informations génétiques. Affymetrix, récemment sorti victorieux d'un procès engagé contre son concurrent Illumina sur ses logiciels d'analyse de variations génétiques, venait de nommer Robert Wayman, un ancien CFO de Hewlett-Packard, au poste de CFO de la société. Dans le communiqué de presse, plutôt lapidaire, Danio Rerio et Sus Scrofa, Executive Vice Presidents du tout nouveau programme Google Genomics, jettent néanmoins quelques lumières sur ce rapprochement des deux leaders industriels. L'acquisition des technologies de capture et d'analyse des données génétiques d'Affymetrix y est présentée comme essentielle à la stratégie « génomique » du moteur de recherches.
Le grand programme de numérisation des bases de données génomiques et protéomiques, second volet de l'annonce de Google Genomics, est évidemment à mettre dans le prolongement de cette opération de marché. D'après Rerio et Scrofa, l'accord signé avec le NCBI est le premier d'une série de partenariats qui seront mis en place entre Google et les grands laboratoires de recherche publics et privés aux USA (National Human Genome Research Institute, TIGR, etc.), puis dans le reste du monde (NIG, NIAR au Japon, Wellcome Trust Sanger Institute et Institute of Stem Cell Research au Royaume-uni, NFGN en Allemagne...). Ce qui ne va évidemment pas sans provoquer de vives réactions. Le cri d'alarme poussé par le Centre d'étude du polymorphisme humain à paraître à la tribune d'un grand quotidien du soir, « Quand Google défie l'Europe », appelle au sursaut patriotique pour la protection du patrimoine génétique national. Le Génopole d'Evry menace déjà d'une grève massive et les rumeurs les plus folles, faisant état d'un collectif de chercheurs barricadés dans un laboratoire haute sécurité de type P4 menaçant de libérer sur Internet des filovirus et FVH (Nipah, Lassa), circulent sur les blogs.
Si Google s'en tenait, en effet, à l'application de ses algorithmes de recherche et d'indexation aux données génétiques numérisées par ses soins, ce qui constitue le premier service annoncé aujourd'hui, Google Genomics Search, le monde de la recherche bénéficierait certainement des capacités d'hébergement et de calcul du géant de Mountain View. Mais la concomitance de l'annonce du programme Google Genomics et de l'examen par les députés américains (House of Representatives) de la résolution H.R.493, le Genetic Information Nondiscrimination Act of 2007 pour interdire toute discrimination sur la base d'information génétiques dans les contrat d'assurance et à l'embauche, ne semble pas fortuite aux observateurs. En effet, le second service, sobrement nommé « Google Me », fait écho au choix, en 2006, par Time Magazine de « You » (« Vous ! ») comme personnalité de l'année. Google Me propose gratuitement à tout possesseur d'un compte GMail, de collecter toute son information génétique grâce à une clé biométrique USB Affymetrix capable d'analyser le DNA d'une gouttelette de sang récupérée à l'application de l'index sur la clé et de la stocker sur ses serveurs de façon sécurisée.
Selon le Dr Zea Mays, la directrice de Google Me, la clé USB, qui sera distribuée gratuitement avec tout nouvel ordinateur, fonctionne sous Windows, Mac OS, et Linux. Des déclinaisons pour Windows CE, les mobiles et les lecteurs MP3 sont en cours de développement et devraient commencer à être distribuées cet été. Simultanément à l'analyse et la télétransmission de l'information à Google, la clé libère également un nano-organisme, un coccolithe muté, dans le système sanguin de l'utilisateur. Le nanorobot permet ainsi d'authentifier de façon totalement sécurisée l'utilisateur de Google Me lors de sa consultation et de l'usage des services. L'utilisateur Google Me pourra ainsi gérer ses informations génétiques en toute confidentialité. Le portail Google Me, comme GMail, est rémunéré par les bandeaux publicitaires qui apparaissent, proposant médicaments, traitements et services de santé relatifs aux risques de l'utilisateurs tels qu'ils ressortent de son analyse de DNA.
Google Me Relatives, quant à lui est un service de recherche de personnes rattachées à vous par les liens du sang. Le bouton « Relatives » sur la barre d'outils Google Me permet de comparer son information génétique à celles des utilisateurs du service et propose de vous mettre en relation par courriel avec tous les individus qui vous sont apparentés dans le monde. Google Me Toolbar automatise alors la création d'un espace d'échange et de collaboration Web 2.0, avec wiki, blog, courrier électronique et gestion de documents partagés pour cette « communauté » de porteurs de gènes. Le service est pour l'instant gratuit, a annoncé le Dr Mays, bénéficiant de subsides importants du Department of Homeland Security. « À travers ce nouveau programme, Google cherche à favoriser les réunions de familles dispersées et contribuer aux joies des retrouvailles d'individus éloignés que leur histoire personnelle ou la grande histoire avaient séparés, abolissant les barrières de l'espace et du temps », ont commenté Rerio et Scrofa.
Enfin, au quatrième trimestre 2007, Google Me devrait offrir le nouveau service « Clone » aux utilisateurs. Ce service innovant propose pour un abonnement nominal en cas de disparition de l'utilisateur d'en recréer un clone à partir des cellules souches et de l'information génétique collectée par Google. Les nombreuses opérations immobilières réalisées par Google en 2006 n'avaient pas pour but l'édification de datacenters comme le pensaient initialement les observateurs de l'industrie. Sur le blog de Manihot Esculenta ont été publiées quelques photos arrachées au secret imposé par Google sur la nature des travaux pharaoniques que le moteur de recherches à engagé (Lenoir, Caroline du nord, Les Dalles, Oregon pour les plus récents) : il s'agit bien de laboratoires de classe P4 de sécurité maximale auxquels sont livrés aujourd'hui plasmides, ADN recombinants, anticorps monoclonaux, et instruments de PCR. D'après Esculenta, Google aurait également fait un pont d'or à Adam Margolin de Columbia University, et à Alexander Hartemink et Jing Yu de Duke University célèbres pour leurs travaux sur les algorithmes d'analyse des réseaux de régulation des gènes.
Bill Gates a immédiatement réagi de Harvard, où il recevait son diplôme plus de trente quatre ans après avoir quitté l'école pour fonder Microsoft, en annonçant un nouveau programme « Information from your fingertips » (vous connaître du et jusqu'au bout des doigts), dans lequel les souris à roulette Microsoft seront désormais équipées d'analyseurs Applied Biosystems, un concurrent direct d'Affymetrix, permettant la collecte et la transmission des données génétiques de l'utilisateur sur le nouveau portail MSN You Live de l'éditeur de Redmond. Sur MSDN seront disponibles dès ce soir les premières DLL pour le développement d'applications sous « Gene Vista », nom de code « Elvis is On Live », la nouvelle bibliothèque dédiées aux applications bioinformatiques de l'éditeur de Redmond.
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