samedi, septembre 02, 2006

Méga-alliances sur le Web : tous complémentaires !

Aucune arrière pensée, tous complémentaires, nous assure-t-on ! Les annonces de partenariats et d'alliances entre les géants du Web se multiplient ces derniers temps. Alors qu'on les sait arc-boutés dans des confrontations concurrentielles aux enjeux financiers devenus astronomiques, le ton de leurs communiqués de presse reste d'une courtoisie diplomatique qui fleure bon la Realpolitik.

D'ailleurs à la lecture de la prose de leurs services de relations publiques respectifs, on tendrait à conclure que les déclarations de Meg Whitman d'eBay, d'Eric Schmidt de Google, Ross Levinsohn de Fox/MySpace, Steve Berkowitz VP des services en ligne chez Microsoft, Owen van Natta de Facebook, Dick Parsons de Time Warner AOL, Terry Semel de Yahoo et Steve Ballmer de Microsoft sont parfaitement interchangeables. Voyons les domaines où s'est récemment manifestée cette franche camaraderie :

12 octobre 2005 : Microsoft et Yahoo s'allient autour de la messagerie instantanée ;

20 décembre 2005 : Google et AOL renforcent leur partenariat stratégique, AOL fournit son contenu au moteur de recherche et Google prend 5% du capital d'AOL pour 1 milliard de dollars ;

25 mai 2006 : eBay et Yahoo s'allient pour mutualiser leurs régies publicitaires aux États-Unis ainsi que leurs systèmes de paiement en ligne et leurs « barres d'outils » respectives. Cet accord concerne également la voix sur IP puisqu'il prévoit la mise en commun du service « click to call » avec Skype, racheté par eBay au début de l'année.

10 août 2006 : Google et MySpace (racheté naguère par News/Fox, le groupe de communication de Rupert Murdoch) signent un partenariat. Pour $900m Google devient le moteur de recherche de MySpace, au détriment de Microsoft et de Yahoo également candidats, et MySpace utilise exclusivement AdSense de Google ;

22 août 2006 : Microsoft et Facebook annoncent un partenariat sur la publicité en ligne, aux termes duquel Microsoft est le fournisseur de bandeaux publicitaires et de liens sponsorisés pour Facebook ;


28 août 2006 : eBay et Google signent un partenariat en tout point comparable à celui de mai dernier, mais cette fois pour les territoires hors États-Unis : mise en commun des régies publicitaires et des services Skype et Google Talk. Les systèmes de paiement seraient également rendus inter-opérables dans un proche avenir.

En fait, tout ce qui concerne la rentabilisation du trafic Web y passe : régies publicitaires, voix sur IP, paiement en ligne, etc. Cette précipitation à se regrouper au sein d'alliances conduit parfois à des situations paradoxales : eBay est allié avec Yahoo sur le territoire américain mais avec Google, pour les mêmes services, partout ailleurs. Yahoo et Microsoft se trouvent alliés sur la messagerie instantanée, mais opposants, tous deux évincés, pour répondre à News/MySpace.

En tout cas ces bizarreries n'affectent apparemment pas le jugement que portent les CEO des géants de l'Internet sur ces méga-alliances. Employant pratiquement le même vocabulaire, les communiqués de presse insistent systématiquement sur la complémentarité de ces partenariats : « I think it plays to the complementary strengths of both companies » déclarait Meg Whitman (eBay) à propos de l'accord avec Yahoo en mai dernier ; « It draws on the two companies' complementary strengths » dit-elle aujourd'hui, à propos de Google. « I don't think there's much overlap at all », renchérit, sans rire, Eric Schmidt (Google).

Même Google prétend imperturbablement que les nouvelles applications bureautique hébergées qu'il vient de dévoiler sont complémentaires à celles de Microsoft. Le comble !

Tous complémentaires donc, tout le monde est d'accord là dessus. Cependant, l'autre point commun de ces déclarations d'entente cordiale est, qu'à l'exception des démonstrations de force des investissements de Google, aucune d'entre elles ne mentionne le montant des transactions financières auxquelles ces alliances donnent lieu. Secret. Confidentiel. Comme dans Les Tontons Flingueurs, on « cache les sujets de fâcherie ». En revanche on est disert, prolixe, bref intarissable sur les aspects techniques, sur les implémentations, sur les technologies et sur l'intégration des API, avec force détail et calendrier de mise en service en Beta. Transparence technique et opacité financière sont les nouvelles règles de communication à l'heure où se forgent les infrastructures politico-économiques de l'Internet de demain.

Tiens, au passage, Eric Schmidt de Google vient d'accepter de siéger au conseil d'administration d'Apple Computer. Une alliance dans la musique en ligne en vue ?

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