mardi, avril 08, 2008

Vos applications nous intéressent !

Tandis que la danse de salon lancée par Microsoft autour de Yahoo! tourne au battle rap aigre-doux, Google vient d'annoncer le lancement imminent de « BigTable », un nouveau service d'hébergement d'applications et de mise à disposition des ressources pléthoriques du géant de la recherche en ligne. On ne peut plus clairement délimiter les enjeux actuels du contrôle du Web !

Après l'acquisition de Fast, Microsoft avait ouvert le feu, confirmant des rumeurs diverses et variées qui circulaient depuis des années en fait, en se lançant dans un offre non sollicitée d'acquisition de Yahoo! fin janvier 2008. Jouant les vertus effarouchées Yahoo! pratiquait d'abord l'indifférence étudiée devant cette avance de Redmond. Pendant un trimestre nous avons alors assisté au spectacle surréaliste de nos deux acteurs poursuivant leurs business as usual comme si l'OPA n'était pas le sujet du jour. « Pendant l'OPA, les acquisitions continuent ! » semblait-on devoir se dire à la lecture de la poursuite par Microsoft et par Yahoo! de leur stratégie d'acquisitions de startups annoncée par voie de presse (FoxyTunes, Maven Networks pour Yahoo! ; Danger, Inc., Rapt, Komoku, Credentica pour Microsoft). En même temps Yahoo! dévoilait début avril son nouveau système de gestion de publicités en ligne, AMP, « still months away from being ready » (à des mois d'être prêt) précisait quand même le communiqué. Mais toujours un bon argument en réponse à l'acquisition récente de DoubleClick par Google, et sûrement un solide atout dans la discussion de la valorisation de l'offre de Microsoft.

Inévitablement le ton est monté et Steve Ballmer - connu pour son sens de la mesure et sa délicatesse - envoyait une lettre en forme d'ultimatum à Yahoo!. « Si nous n'avons pas conclu un accord d'ici trois semaines, nous serons obligés de prendre contact directement avec vos actionnaires, voire d'engager avec eux l'ouverture d'une procédure pour faire élire un autre conseil d'administration », écrivit-il aux dirigeants de Yahoo, dans une lettre datée du 5 avril, avant de rappeler que, pendant les deux mois qui ont suivi l'offre de l'éditeur de Redmond, les parts de marché de Yahoo se sont effritées, dans un contexte économique de plus en plus morose, histoire d'enfoncer le clou.

Hier le Conseil d'administration de Yahoo! a rendu publique sa réponse officielle, réitérant son refus de principe mais laissant ouverte l'option si la valorisation était revue à la hausse. (Trente-cinq phrases courtoises et vénéneuses dans lequel l'expression « maximize stockholders value » apparaît quand même neuf fois.) On attend avec jubilation les réactions de Microsoft...

Et pendant ce temps-là, le cours de Google continue de s'effondrer : près de $700 au début janvier 2008, $476.82 au closing hier soir. Pas d'affolement : la capitalisation frise les 150 milliards de dollars malgré cette chute ! Le 2 avril dernier, Google annonçait le plus grand licenciement de sa jeune carrière de prodige du Web. 300 personnes issues de DoubleClick, pourtant acquise le mois dernier seulement pour 3,24 milliards de dollars vont partir. (On imagine l'affaire si Google avait été français ! Bien heureusement les efforts nationaux se concentrent à nouveau sur Quaero, qui vient de récupérer 100M€ après avoir été misérablement lâché par nos amis allemands, la prometteuse concurrence hexagonale à l'impérialisme libéral mondialisant de Mountain View, voulue et décrétée par Jeanneney-Chirac !) On pouvait s'inquiéter à juste titre : Microsoft, même empêtré dans l'OPA sur Yahoo!, arriverait-il néanmoins à ses fins de manière indirecte en provoquant le déclin et la chute de l'Empire Google ?

L'annonce de BigTable - qui, rappelons le, est dans la droite lignée de la série entamée il y a quelques années avec GMail, l'hébergement d'applications de bureautique, Google Web Toolkit pour les programmeurs, etc. - est-elle une réaction à la farandole impromptue Microsoft-Yahoo! ?

Il est évident que ce service viendra concurrencer directement les fameux Web Services d'Amazon (aux noms évocateurs comme S3, EC2, SimpleDB...) et AppExchange de SalesForce.com, tous deux salués à l'époque de leurs lancements respectifs comme pionniers des nouveaux services Web. Notons que l'idée commence également à se répandre ; avec la livraison du nouveau SDK pour l'iPhone, Apple a bien précisé que, comme pour iTunes, les applications iPhone ne seraient vendues qu'au travers de la plateforme propriétaire à laquelle les développeurs eux-mêmes sont également priés de s'abonner.

De fait, Google laisse depuis longtemps filtrer progressivement des informations sur les joyaux de sa couronne : son système de fichiers, le Google File System, son algorithme de répartition de tâches (MapReduce) et met depuis longtemps en avant les capacités des ses datacenters. Autant de signaux envoyés à la communauté des développeurs.

Mais plus généralement c'est, d'une certaine manière, le retour de la centralisation propriétaire (le « walled garden » que l'on a un temps reproché aux fournisseurs d'accès Internet). Dans sa version moderne, également incarnée par Facebook, par exemple, les troupeaux de développeurs sont cornaqués vers les enclos propriétaires où toute l'instrumentation et la gadgeterie moderne est à leur disposition pour s'ébattre : gigaoctets (6,6 sur mon compte GMail et « plus à venir » clame la page d'accueil !), APIs (10 rubriques représentant des milliers d'API en libre service), des programmes Open Source, des « summers of code » festifs pour les privilégiés, un référentiel gratuit et des milliers de projets sur code.google.com.

Plus intéressant encore, si la tarification est faible - voire gratuite - l'effet d'opportunité jouerait à plein et de nombreuses startups devraient alors se précipiter sur l'occasion d'externaliser leurs coûts d'infrastructure. Du coup, on peut imaginer que Google en bénéficie indirectement mais efficacement en diminuant significativement le coût de ses acquisitions si celles-ci sont déjà hébergées sur BigTable. Pas de migration et pas d'intégration : la startup en prêt à porter. Pour les mêmes raisons d'ailleurs, Microsoft pourrait bénéficier du même effet en rachetant Yahoo! qui est fondé sur une plateforme Open Source, réputée plus facile à intégrer.

La bataille pour la domination du Web bat son plein !

mardi, avril 01, 2008

Microsoft livre tous ses logiciels à la communauté Open Source

Dans un revirement incroyablement surprenant pour qui a pu suivre les déclarations réitérées de son CEO, Steve Ballmer, Microsoft vient d'annoncer la mise à disposition complète et totale de l'ensemble des codes source de la gamme Windows et de la gamme Office à la communauté Open Source. Le code source de tous les produits logiciels de Microsoft a été mis en ligne à l'URL opensource.microsoft.com, provoquant un engorgement massif des lignes de communications Internet et un ralentissement planétaire des échanges sur la Toile.

Les trouvailles des innombrables moteurs de recherche qui ont été lancés sur le nouvel URL dès ce matin tôt font la joie des blogueurs, des observateurs et de la presse informatique en ligne du jour. En effet, dans les commentaires du code, fontaines inépuisables de merveilles et puits de vérité, miroirs de la vie quotidienne du programmeur de Redmond, les mots qui apparaissent le plus souvent (en ordre de fréquence) sont : « moron » (« taré », pour ne pas dire pire), « hack », « BUGBUG » et l’inénarrable « undocumented ». Voici quelques perles tirées des bonnes feuilles (de code) :

Le fichier private\ntos\rtl\heap.c, datant de 1989, nous dit :

// The specific idiot in this case is Office95, which likes

// to free a random pointer when you start Word95 from a desktop

// shortcut.

Le fichier private\ntos\w32\ntuser\kernel\swp.c du 11-Jul-1991 est très clair :

* for idiots like MS-Access 2.0 who SetWindowPos( SWP_BOZO

* and blow away themselves on the shell, then lets

* just ignore their plea to be removed from the tray

Parmi les nombreux « morons », un aveu bouleversant dans private\genx\shell\inc\prsht.w:

// we are such morons. Wiz97 underwent a redesign between IE4 and IE5

Et dans private\shell\shdoc401\unicpp\desktop.cpp:

// We are morons. We changed the IDeskTray interface between IE4 and IE5

Quant aux « hacks » ils sont trop nombreux pour tous les citer :

private/ntos/w32/ntuser/kernel/sendmsg.c: * This hack prevents DDE apps from locking up because some

private/ntos/w32/ntuser/kernel/sendmsg.c: // Added by Chicago: HACK ALERT:

private/ntos/w32/ntuser/kernel/validate.c: ((pti->rpdesk != NULL && // hack so console initialization works.

private/ntos/w32/ntuser/kernel/mnsel.c: * We must be hacking or passing valid things.

private/ntos/w32/ntuser/kernel/mnsel.c: * Hack so we can send MenuSelect messages with MFMWFP_MAINMENU

private/ntos/w32/ntuser/kernel/ntstubs.c: * Bummer, this has never been shipped and it's hacked already

Bref le code, maintenant libre, s'il ne se distingue guère par sa haute tenue littéraire, est généralement de très bonne qualité, d'après les spécialistes, qui en poursuivent néanmoins l'analyse détaillée à la recherche, sans doute, de traces, même délétères, de contrefaçons externes. Mais là n'est probablement pas l'impact le plus à craindre de la décision l'éditeur de logiciels pour l’instant.

Dès ce matin, des rumeurs répandues sur les blogs faisaient état de coupures massives de courant dans la région d'Irkoutsk, en Sibérie, où le géant de Redmond a élevé l'année dernière un datacenter aux proportions soviétiques. Il apparait que les millions de pages du code sont partiellement servies depuis ces serveurs sibériens. Les eaux de la rivière Angara, qui sont abondamment pompées pour l’indispensable refroidissement du blockhaus bétonné, auraient vu leur température augmenter de plus de dix degrés en quelques heures, provoquant de ce fait une atteinte caractérisée à la faune et à la flore subaquatique locale. Les dégagements de chaleur du datacenter de Quincy, dans l'état de Washington, font, quant à eux, craindre une catastrophe environnementale d'ampleur inégalée à proximité de la rivière Columbia. Michael Manos, responsable Datacenter Services chez Microsoft, était d'ailleurs injoignable ce matin.

La Commission européenne se réunit en urgence aujourd'hui pour juger de l'opportunité d'une nouvelle amende pour non-respect de l'environnement qui viendrait s'ajouter à celle récemment votée, confirmant le jugement de 2004 d'abus de position dominante. Le Commissaire Neelie Kroes, visiblement excédée par la colère, à déclaré que « l'Europe ne saurait laisser un champion américain de la mondialisation libérale impunément menacer ainsi le développement durable de la société numérique en portant atteinte à l’environnement ».

De son côté, Al Gore, qui a de son propre aveu « inventé l’Internet », récent Prix Nobel de la paix 2007, a élevé la voix contre toute tentative de remise en cause du protocole de Kyoto et propose d’appliquer une « taxe de pollution » à tous les opérateurs et sites Web dont le succès entraînerait le dépassement d’un seuil de consommation d’énergie non-renouvelable.

Le gouvernement convoqué en hâte au PC de crise de l’Elysée, le studio d’enregistrement de Mme Sarkozy discrètement aménagé au sous-sol du pavillon de la Lanterne à Versailles, en appelle à un sursaut du « patriotisme économique » et une stricte application du « principe de précaution » dans une vidéo musicale postée sur YouTube – et déjà téléchargée d’office dans toutes les écoles, les mairies et les conseils régionaux.

Cependant, ans un communiqué de presse lapidaire, Ray Ozzie et Craig Mundie expliquent qu'en continuité avec la politique « d'ouverture et d'interopérabilité » annoncée en février dernier, Microsoft avait tiré toutes les conclusions de son initiative Shared Source et décidé de marquer avec force sa détermination à poursuivre dans la voie de l'Open Source. « Software Is Now A Service » est désormais la bannière sous laquelle sont distribués librement les produits logiciel de la société. On est, par ailleurs, sans nouvelle de Brad Smith, qui, d’après la Pravda, aurait rejoint le nouveau Ministère de la Justice à Moscou comme conseiller juridique de Dmitri Medvedev.

De sa retraite caritative, Bill Gates, dans une conférence de presse improvisée aux bureaux de sa fondation -- dont les rumeurs persistantes dans les milieux financiers informés indiquent qu'elle s'apprêterait à racheter l'Europe continentale, en joint-venture avec Warren Buffet, pour la transformer en musée historique, dans la plus grosse opération de LBO jamais réalisée -- a rappelé qu'il avait lui-même inventé le modèle Open Source dès 1980.

Nonobstant les protestations du contraire de hackers notoires comme Eric Raymond, Michael Tiemann, Todd Anderson, John Hall, Larry Augustin, Sam Ockman ou encore Linus Torvalds et Richard Stallman (qui se sont tous exprimés ce matin), a-t-il, en substance, commenté « c'est bien moi qui ai inventé l'Open Source ». À preuve, Bill Gates rappelle que le concept d'architecture ouverte doit tout à ses efforts héroïques et ceux de Paul Allen à l'automne 1980. En effet, se rappelle-t-il, c'est devant leur insistance qu'IBM aurait décidé de publier les interfaces du BIOS (Basic Input/Output System) développé par David Bradley d'IBM dans le cadre d'un contrat de conseil avec Microsoft signé en août 1980. Ainsi, Microsoft fut et reste le pionnier visionnaire des architectures ouvertes depuis l'origine. (Et peu importe qu'IBM, qui avait en effet mis sous copyright l'architecture matérielle de la puce BIOS, ait réfuté cette présentation des faits en insistant sur la propre politique délibérée d'ouverture du constructeur, pratiquée à l'époque pour agréger le plus grand nombre possible d'intégrateurs et de vendeurs de périphériques autour du lancement de leur nouvelle machine !)

Steve Ballmer a concomitamment annoncé l'acquisition de la société Alluvial Software, de Monte Davidoff qui est nommé COO de Microsoft (Chief OpenSource Officer) à dater de ce jour. Davidoff a fait partie de l'équipe originale qui a développé Microsoft BASIC et s'est ensuite orienté vers Unix. Il est maintenant chargé de s'assurer du respect de la toute nouvelle Microsoft Public License (MSFTPL) ouverte sous laquelle Redmond publie tout son code source. La licence interdit l'utilisation de logiciels sous MSFTPL dans des applications non Open Source sous MSFTPL. Notons qu'une partie du code de gestion du stack TCP/IP, à l'origine acquis par Microsoft auprès de la société Spider (en remplacement de Netbeui) avant d'être finalement complètement réécrit pour NT3.5, a néanmoins importé de nombreux fragments de programmes utilitaires sous licence BSD, toujours présents dans la base de code Windows. En conséquence, les termes de la nouvelle licence MSFTPL précisent que tout logiciel Open Source, sous licence BSD (et dérivées), devient de facto subsumé par la nouvelle licence. Davidoff, se prévalant de MSFTPL, a déjà menacé certaines sociétés comme Google et IBM d'empiètement volontaire sur les droits de Microsoft et se dit prêt à déclencher les foudres juridiques si un remède n'était pas trouvé rapidement à cette situation. Au NASDAQ, le cours de Microsoft (MSFT) s'est envolé de 10%.

mercredi, mars 26, 2008

Les habits neufs des applications : les widgets et le mashup

Le développement d'applications est une nouvelle fois en train de chercher une définition qui prenne en compte le caractère changeant et volatil de l'infrastructure des ressources informatiques qu'elles doivent mettre en œuvre. À AjaxWorld, la semaine dernière à New York, rien n'était plus évident que cette recherche renouvelée d'un point d'équilibre entre trois pôles de développement d'applications : pour le Web, pour le PC, et, à défaut de meilleure qualification, pour les « mobiles » - fourre-tout, pour l'instant, d'une nouvelle génération de terminaux qui va du téléphone cellulaire multifonctions jusqu'aux lecteurs de MP3, livres électroniques et assistants électroniques personnels.

C'est réellement un nouveau cycle de réflexion « existentielle » sur le comment et le pourquoi des applications, dites d'entreprise ou qualifiées de services Web pour le grand public, qui s'amorce sous nos yeux.

Pour ce qui est du premier axe de polarisation, le Web, sa banalisation accélérée, tant à la maison (avec l'ADSL et bientôt la fibre optique, en particulier) que dans l'entreprise (la substitution subreptice et progressive de TCP/IP à tous les autres protocoles spécifiques) a constitué le terreau ô combien fertile à la croissance des champions de ce que Nicholas Carr dans son nouveau livre, « The Big Switch », appelle « cloud computing » - faisant écho au slogan ancien et visionnaire de Sun Microsystems, « the network is the computer ». Il y développe la métaphore de la puissance calculatoire fournie par le Web, comme le réseau électrique fournit la puissance électrique et pronostique pour ses fournisseurs la même évolution que la consolidation de l'industrie électrique au début du XXe siècle. Et l'on constate en effet aujourd'hui l'émergence d'acteurs géants comme Google et Amazon (avec les services EC2 et S3) qui viennent immédiatement à l'esprit comme pivots de cette consolidation, engagés qu'ils sont dans une concurrence effrénée dans le BTP, la consommation électrique et l'impact sur l'environnement autour des datacenters proprement pharaoniques qu'ils bâtissent autour du monde. Pour les applications informatiques, les approches vantées naguère par Oracle (« thin client ») et par Citrix semblent même timides aujourd'hui au regard des positions de SalesForce.com ou des annonces d'EMC autour de sa gamme de produits Fortress. Ces acteurs et d'autres pionniers démontrent quotidiennement que dans le modèle « software as a service », le logiciel diffusé et consommé comme un service (à la demande et à l'usage), les applications informatiques sont plus faciles à déployer, à actualiser et, dans bien des cas, à utiliser. La conjugaison de l'arrivée à maturité concomitante des technologies de virtualisation, de stockage, de répartition de charge - voire de peer-to-peer -, de la fonctionnalité accrue des navigateurs Web - comme avec Firefox 3 et IE 8 qui présentent une nouvelle étape significative de l'enrichissement du client logiciel universel que constitue le navigateur Web - perturbent les certitudes acquises par les développeurs pendant les quinze dernières années du modèle dominant du client-serveur.

Quelques abstractions sont aujourd'hui élevées à un rôle dominant dans l'architecture de ces nouvelles applications/services pour le Web. On parle de SOA pour Service Oriented Architecture, architecture orientée service, dans laquelle la fonctionnalité globale des applications est découpée en services fonctionnels, individuellement identifiés et habillés d'une interface relativement homogène permettant de les découvrir, de s'y connecter et de les utiliser via les protocoles et les standards rendus populaires par le Web (HTT et XML en particulier). Les vétérans aguerris auront évidemment reconnus des principes bien connus que l'on (re)découvrait déjà au début des années 1990 dans des cénacles comme l'Object Management Group (OMG) et sur lesquels il convenait de se quereller avec Digital Equipment, Microsoft ou IBM (COM ou Corba ?). Mutatis mutandi appelons un objet un service Web, un ORB l'infrastructure TCP/IP + HTTP, malgré sa sobriété, et employons XML comme IDL : nous voici pratiquement dans les habits modernes de la SOA. Bien sûr, il existe des finesses techniques : comme celles, par exemple, qui différencient les services Web fondés sur SOAP et WSDL (et la farandole de spécifications XML que ces fondations ont elles-mêmes permis d'ériger en une Tour de Babel-XML) de ceux imbus de la pureté de l'architecture REST (REpresentational State Transfer), visant à diffuser la simplicité du protocole HTTP (mais tout le protocole) vers les couches supérieures des applications/services.

Autres abstractions dont la prévalence s'affermit de jour en jour et qui jouent un rôle dual de celui des applications/services dans le pôle Web, les « widgets » et le « mashup ». Ici on est du côté utilisateur plutôt que du côté serveur mais on cherche de la même manière à fragmenter l'interface utilisateur en composants, de préférences visuellement attractifs - c'est bon pour la publicité en ligne -, consommateurs de données en temps quasi-réel - c'est bon pour la facturation à l'usage -, et, pour combien de temps encore, souvent propriétaires - c'est bon pour le verrouillage des internautes dans le « walled garden », le jardin bien clôturé d'un site ou d'un service Web. Car en effet si la SOA sur le serveur permet d'agréger les applications informatiques et les services distants, existants ou nouveaux, en une composition bien intégrée directement utilisable depuis le Web, quelle est l'abstraction qui joue ce même rôle pour les utilisateurs et, dans un renversement spéculaire, leur permet de constituer leur tableau de bord applicatif, graphique et personnel indifféremment plaqué sur les services Web et les applications d'entreprises ? C'est le « mashup » ! Rendons-le facile à partager et échanger, et nous voilà dans le « social computing » et le « Web 2.0 d'entreprise » (sic).

Techniquement, ce sont ici les idées de conteneur et de composant que l'on recycle abondamment. Les nostalgiques de la gestion de documents du Xerox Star, d'OpenDOC (Apple puis IBM et WordPerfect), d'OLE (Microsoft déjà !), retrouveront dans le mashup-conteneur et le widget-composant toutes leurs marques. Et quoi de plus logique : à l'époque les « documents » devenaient multimédia, enrichis grâce aux capacités croissantes de stockage et de calcul des PC et des systèmes d'exploitation, et il fallait donner aux éditeurs de logiciels une place dans la bureautique naissante centrée sur le document, chacun s'investissant dans le « composant » dont il était le spécialiste assuré qu'il était de son intégration dans le document ou sur le desktop. La même logique est à l'œuvre aujourd'hui qui voit la bureautique centrée sur le document laisser la place à un recentrage sur la page Web servie, c'est la nouveauté, à distance par l'application/service Web.

Habitués que nous étions aux applets Java, la transition aux widgets est toute naturelle et la machine virtuelle, ici Javascript et XML, s'est fondue dans le navigateur Web. Comme il y a vingt ans, les systèmes propriétaires sont les premiers à émerger : iGoogle, Microsoft Live, Yahoo! Widgets, Facebook, Adobe et tant d'autres proposent tous leurs propres composants et conteneurs modernes pour applications/services Web. Ils rencontrent un tel succès que se pose à nouveau le problème de l'interopérabilité et de la compatibilité du triptyque navigateur-conteneur-composant. En marge d'AjaxWorld, opportunément organisé par IBM, se tenait sur ce sujet une réunion du groupe OpenAjax Alliance qui rassemble régulièrement tous les grands acteurs de cette industrie naissante dans une réflexion autour des questions d'interopérabilité. Au vingt et unième étage de la tour IBM, sur Madison à New York, on pouvait ainsi retrouver dans une salle de réunion discrète des représentants d'IBM, de Yahoo!, de Microsoft - l'équipe de développement de IE 8, rien moins -, de Tibco et de quelques startups prometteuses comme Nexaweb, OpenSpot, Dojo et le (seul !) français DreamFace Interactive pour travailler à un standard d'interopérabilité (OpenHub) et pour formuler des demandes d'évolution des navigateurs Web vers une meilleure prise en compte des mashups.

Mais les pages Web ne sont déjà plus le seul écosystème dans lequel prolifèrent les widgets. Le desktop de nos PC menace d'être envahi lui-aussi. C'est d'ailleurs la stratégie de contournement qu'ont choisi les actuels détenteurs de parts de marchés sur le PC comme Microsoft et Adobe pour contrer l'attaque frontale des acteurs du Web comme Google (Google Gears, Google Desktop), Yahoo! et d'autres qui ont vite proposé leurs widgets Web, en mode déconnecté, sur le desktop. On parle souvent de RIA (Rich Internet Application) pour désigner ces applications issues du pôle Web qui visent à reproduire dans le navigateur et sur le desktop, au prix de l'installation d'une machine virtuelle ad hoc, la richesse des applications classiques du PC. Silverlight de Microsoft et AIR d'Adobe, récemment annoncé, sont en concurrence frontale entre eux et avec les offres des acteurs du Web, notablement XUL de Mozilla (Firefox) ou encore JavaFX de Sun. Chacun s'aligne avec ses forces, ses faiblesses et son historique (.NET chez Microsoft, Java chez Sun, Flash et Flex chez Adobe) pour, s'appuyant sur leur base installée du pôle PC, s'appliquer à prendre des parts de marché sur le pôle Web.

Enfin le pôle mobile avait aussi droit aux honneurs d'un Developer Summit à AjaxWorld intéressants les développeurs d'applications pour l'iPhone. Apple a annoncé au début du mois la disponibilité du kit de développement d'applications pour son téléphone best-seller. Le modèle business est à la fois original dans cet univers et conforme à la stratégie de contrôle voulue par Apple (qui la sert si bien pour l'iPod et iTunes) : le firmware 2.0 bêta est accessible à tous les développeurs qui s’inscriront au programme. Le SDK lui est disponible gratuitement. L’intérêt du programme de développement est qu’il leur fournira un cadre de distribution entièrement gratuit de leurs créations : l’App Store. L’Application Store sera accessible directement à partir d’un iPhone et permettra de télécharger, et de payer des applications pour iPhone. Apple prendra en charge tous les coûts d’hébergement. À titre individuel, l’inscription coûte 100 $ par an ; 299 $ par an pour une entreprise. Tarif auquel il faut ajouter les 30 % que prélèvera Apple sur le montant des ventes réalisées via l’App Store. Un dispositif assez fermé où programmeurs et utilisateurs payent pour le logiciel, contrant celui qu'en 2007 l'ingénieuse communauté Open Source avait mis en place pour développer librement des applications mobiles pour l'iPhone.

Si Nokia offre un service propriétaire (widsets) sur les mobiles de la marque, notons que des startups françaises travaillent précisément à la fluidité du passage des applications du pôle Web au pôle mobile : Goojet, sur une base Java pour les mobiles, permet de créer son propre bureau avec des petites applications se connectant aux services Web populaires comme Flickr, Twitter et aux flux RSS ; ViaMobility va plus loin en proposant tout simplement le faire tourner directement sur le mobile les mêmes widgets que celles qui tournent sur le Web, iGoogle, Yahoo! et autres, ceci quelque soit le mobile Windows CE ou Symbian : un exploit !

Comme le matériel, les applications se virtualisent ! Aujourd'hui confinées à l'un des pôles architecturaux, Web, PC ou mobile, elles sont poussées à s'étendre aux autres pôles par les champions sectoriels avides de nouvelles parts de marché. Widgets et mashups sont les pierres du gigantesque jeu de go dans lequel sont engagés à la fois les grands acteurs et les startups innovantes du Web, pour délimiter les frontières fluctuantes des nouveaux territoires des applications informatiques.

jeudi, mars 13, 2008

Ethique et TIC ?

Est-ce l'année électorale qui bat son plein aux Etats-Unis ou bien est-ce le mantra de Google, « Do No Evil », qui s'empare progressivement des esprits, toujours est-il que la conférence prononcée par Larry Lessig devant une audience de programmeurs et technologues de tout poil, début mars à la conférence Emerging Technologies (ETech pour les happy few) organisée par Tim O'Reilly, avait de quoi surprendre.

Larry Lessig est professeur de droit à Stanford ; autant dire l’incarnation séculière de l’Essence universelle du juriste. Il s'est surtout illustré, il y a maintenant dix ans, dans le procès en abus de position contre Microsoft lancé par le Department of Justice (DOJ) américain qui vit le modeste constitutionaliste aux petites lunettes cerclées se transformer en dragon, farouche défenseur des valeurs d'Internet, vomissant flammes et anathèmes sur l'impérialisme allégué de Redmond. Au point même que la Cour fédérale d'appel lui retirait l'affaire illico, après la publication de ses remarques liminaires.

Ce coup d'éclat le couvrit alors d'une célébrité instantanée et constitua sans doute le point de départ d'une fulgurante carrière « digitale » toute entière passée dans l'exploration et la reconnaissance des terres inexplorées, aux nouvelles frontières de la Loi et d'Internet. Ses livres, « Code », « The Future of Ideas », « Free Culture », sont parmi les exposés les plus lucides de la complexité des problèmes de droits et de protection à l'ère d'Internet. Analyste et observateur sans concession de la collision inévitable des nouveaux usages d'Internet et des systèmes juridiques hérités de pratiques antérieures et censés les encadrer, il n'a eu de cesse de proposer avec une opiniâtreté rare des solutions radicales à ces questions.

Alors qu'ici le rapport Olivennes -- au fait, on en parle déjà beaucoup moins aujourd'hui que naguère -- cédant peut-être à des lobbys qu'il est politiquement incorrect de nommer, recommande une évolution vers le « tout répressif », outre-Atlantique, Larry Lessig fait partie des fondateurs de l'organisation Creative Commons, un projet à l'ambition pharaonique d'offrir un référentiel ouvert à tous les travaux artistiques et productions intellectuelles dégagées de l'encombrement juridique des lois sur le copyright. Une sorte d'Open Source de la littérature, de l'image et de la musique, ou chacun délimite les droits et les privilèges accordés aux utilisateurs des contenus qu’il produit.

Tout de sombre vêtu, veste noire sur tee-shirt ras du cou noir également, le professeur de droit apparut sur scène avec l'allure du prêcheur évangélique. Elmer Gantry des temps modernes il appelait solennellement les « geeks » à rejoindre sa croisade contre la corruption à Washington. Avec une véritable homélie, dont le titre « Coding Against Corruption » interloque : « Les codeurs contre les corrompus » ou bien « Programmer pour lutter contre la corruption » ? Lessig explique qu'il entend persuader le Congrès de mettre fin aux pratiques qui entretiennent l’influence des lobbies et des intérêts particuliers sur les politiques publiques au dépend du bien commun. Et que, pour ce faire, l'aide des programmeurs, développeurs et codeurs de tous horizons lui est indispensable !

Comme pour Creative Commons, Lessig veut ainsi créer des marques de bonne conduite pour les sites des candidats à tous les postes officiels -- en particulier, au Congrès, auquel, pendant un temps, on a prêté à Lessig l'intention de présenter sa candidature -- en fonction de l'affichage de leurs intentions et de leur transparence sur l'origine de leurs fonds de campagne. Les citoyens pourraient ainsi orienter leurs dons pour le financement des campagnes électorales en fonction de ces vœux symbolisés par le nouveau marquage. L'activisme « numérique » sur l'argent et la politique est appelé à se développer pronostique-t-il, pointant des sites comme MAPLight.org (dont il a rejoint le conseil d’administration) et Sunlight Foundation.

« C’est à cause de la corruption à Washington que nos politiques publiques sont aberrantes. Tant que cela n’est pas résolu, rien ne pourra être résolu », a-t-il déclaré, reprenant des propos tenus au début de l'année à l’université de Stanford. L'affirmation qui concerne entre autres, bien entendu, la législation sur la propriété intellectuelle des produits culturels au format numérique. « Le changement ne viendra pas de la Maison Blanche ni de la Cour Suprême, mais du Congrès » a-t-il ajouté. Les rôle d'initiateur et d'entraînement joués par les développeurs de Web, de code, de programmes et de bases de données sont critiques pour élever les premiers sites « Vigilance et Propreté 2.0 » de ce nouveau réseau public d'alerte et d’information.

L'appel aux claviers citoyens sera-t-il entendu ? Le triomphe des « geeks » et autres « hackers » politiquement responsables triomphera-t-il d'une classe jugée trop politicienne par certains ? Alors qu'en notre douce France les tractations effrénées, les sourdes conspirations, les arrangements sordides et pitoyables de l'entre-deux tours des municipales défrayent la chronique, offerts comme en pâture à l’avidité du prime time, le sacerdoce de Larry Lessig laisse un peu rêveur...

samedi, février 23, 2008

Microsoft, interopérabilité et ouverture : demain j'enlève le bas !

Le communiqué de presse publié il y a quelques jours, le 21 février, par Microsoft a rapidement enflammé la blogosphère et les observateurs de l'industrie dans des débats passionnés. La forteresse de Redmond se serait-elle transformée en Haight-Ashbury moderne des nouvelles technologies ?

Microsoft y annonce en fanfare des changements « stratégiques » dans ses technologies et ses pratiques business pour étendre « l'interopérabilité ». Le communiqué, visiblement soigneusement élaboré et mûrement -- comprendre légalement -- réfléchi, développe en longs détails quatre nouveaux principes destinés à :

1- assurer des connexions ouvertes (à ses produits commerciaux d'entreprise vendus en grands volumes) ;

2- promouvoir la portabilité des données ;

3- améliorer la conformité aux standards de l'industrie ;

4- encourager des relations plus ouvertes avec les clients et les acteurs de ces secteurs, y compris avec les communautés Open Source.

Qu'il y ait là beaucoup d'effet de communication c'est assuré. Déjà ces protestations d'ouverture et d'interopérabilité sont reprises pour mettre en avant les efforts sur le sujet du dossier médical en ligne de Microsoft, Healthvault, animés par les anciens de Medstory, la société fondée par mon ancien complice Alain Rappaport et rachetée l'an passé par Microsoft, surtout en comparaison de l'apparente désinvolture de l'initiative directement concurrente de Google, simplement mise en ligne, « en Bêta », avec la participation de la Cleveland Clinic, sans les garanties d'ouverture et d'accès aux API dont au contraire Microsoft se prévaut, dans un plaidoyer prenant son concurrent à contre-pied. Il faut certainement s'attendre dans le proche avenir à d'autres effets de communication dans lesquels Microsoft mettra en lumière, dans tel ou tel effort de développement perçu comme propriétaire, la nouvelle doctrine de l'ouverture et de l'interopérabilité contre ceux mêmes qui l’invoquent contre lui.

Beaucoup voient derrière l'annonce de ces principes généraux la patte de Ray Ozzie, le fondateur/créateur de Lotus Notes, compagnon de route de Mitch Kapor, devenu Chief Software Architect de Microsoft. L'ampleur annoncée des changements et l'agitation des esprits qu'elle provoque rappelle aussi, en miroir, l'annonce des « Quatre modernisations » par un certain Deng Xiao Ping, revenu à la tête de la Chine en 1979, bien décidé à fermement « corriger » les erreurs de la Révolution culturelle. C'est à ces quatre réformes que l'on doit encore aujourd'hui, plus de dix ans après la disparition de leur initiateur, l'émergence de cette forme contrôlée de capitalisme « communiste » en Chine qui fait tant peur aux marchés financiers et aux industries occidentales. Dans la nouvelle péripétie, le champion triomphant du « modèle propriétaire » se convertirait au post-modernisme du libre et de l'ouverture, presque quarante ans après Woodstock.

Les Quatre principes se déclinent immédiatement dans des actions ciblées que tous les développeurs et les régulateurs accueillent évidemment très favorablement. Notons qu'elles concernent en effet les produits les plus diffusés de Microsoft : Windows Vista (avec .NET Framework), Windows Server 2008, SQL Server 2008, Office 2007, Exchange Server 2007, and Office SharePoint Server 2007, puis leurs versions à venir, vraiment le coeur de l'offre jusque là propriétaire du géant de Redmond.

30.000 pages de documentation des protocoles client-serveur de Windows ont été alourdir le site MSDN dès le lendemain de l'annonce. Ces protocoles n'étaient auparavant accessibles que dans le cadre d'accords, très restreints, de partage de secret commerciaux consentis avec la plus grande parcimonie. Ils tombaient sous la portée du programme WSPP (Workgroup Server Protocol Program) mis en place par l'éditeur (sous la contrainte) après la Décision du 24 mars 2004 de la Commission Européenne. (Une décision dans laquelle Mario Monti confirmait l'amende record infligée à Microsoft de 497,2 millions d'euros, et exigeait qu'il distribue dans l'espace économique européen une version de Windows sans Media Player.)

Ces protocoles relevaient également du programme MCPP (Microsoft Communications Protocol Program) dont les termes, publiés l'année dernière, qui demandent aux concurrents de payer des redevances pour chaque copie du logiciel distribué, étaient considérés par certains représentants du libre comme une stratégie de contournement de la condamnation européenne pour abus de position dominante. Dans le communiqué de presse du 21 février, Microsoft explique que les protocoles protégés par des brevets seront clairement identifiés et qu'il en accordera la licence d'exploitation dans des termes « raisonnables » et « non-discriminatoires ». Dans le détail du procès européen pour abus de position dominante, Microsoft déclare par ailleurs que ses protocoles de communication sont couverts par au moins trois brevets européens ou revendications de brevets (les brevets ’EP 0661652’, ’EP 0438571’ et ’EP 0669020’) ; vingt autres dépôts de brevets seraient en cours aux Etats-Unis et deux en Europe ; enfin Microsoft projetterait de déposer 130 brevets européens liés à ses serveurs Windows. Une manoeuvre de grande envergure destinée à asseoir sa propriété intellectuelle en profitant intelligemment du système européen des brevets ?

Rappelons qu'aux termes de l'accord de novembre 2006 avec Novell -- qui avait lui aussi en son temps défrayé la chronique -- Novell s'était engagé à payer une dîme pour la distribution de copies de logiciels libres contenant du code qui tomberait sous le coup de ces fameux brevets Microsoft. Novell avait obtenu en échange une garantie que Microsoft ne le poursuivrait pas, pas plus que ses clients. Via cet accord, Microsoft énonçait donc en creux qu'il détiendrait des droits sur des logiciels libres auxquels il n'a pourtant pas contribué, et que, par exemple, chaque distribution d'une copie du noyau Linux par un acteur commercial autre que Novell violerait sa propriété intellectuelle. L'accord de 2006 prévoit également que chaque éditeur accède au portefeuille de brevets de l'autre, moyennant le paiement de royalties. Ce qui fait l'objet du second volet de l'accord, au plan financier : Microsoft paie 108 millions pour l'utilisation des brevets de Novell, lequel verse au moins 40 millions à son partenaire, indexé sur le chiffre d'affaires réalisé grâce à ses produits Open Platform Solutions et Open Enterprise Server.

Aujourd'hui, Microsoft s'engage formellement à ne pas poursuivre les éditeurs Open Source pour le développement ou pour la distribution « non commerciale » d'implémentations de ces protocoles maintenant documentés publiquement. Une distribution commerciale, en revanche, devra passer par le paiement d'une licence d'exploitation à Microsoft. Ainsi l'éditeur fait d'une pierre deux coups : il affiche une attitude moins intransigeante dans le contexte de sa confrontation avec la Commission Européenne qui estime n'en avoir pas fini avec Microsoft, et poursuit avec opiniâtreté l'exécution de sa stratégie d'exploitation de propriété industrielle entamée avec l'accord Novell de 2006.

Qu'elle prenne aujourd'hui la forme d'un accès libre à la documentation technique et aux spécifications doublée d'une ouverture aux implémentations alternatives, en particulier à celles anticipées des communautés Open Source, il faut sans réserve s'en réjouir. Sont dès aujourd'hui à la disposition de toute la communauté du développement informatique des années et des années de développement, de spécification et de réalisation d'un des plus grands éditeurs de logiciels mondiaux. Le premier sentiment est certainement celui d'une forme de curiosité émerveillée à la visite de ces « cathédrales » logicielles qu'il est maintenant autorisé de visiter comme aux Journées du patrimoine ! (En particulier, les vétérans de la programmation apprécieront le document MS-OAUTH expliquant enfin OLE Automation qui avait tant déjoué la sagacité des développeurs de l'époque jurassique fin 80-début 90 !)

Il faut aussi se souvenir, cependant, que les Quatre principes sont un communiqué de plus dans une série d'annonces de Microsoft dont les premières datent de 2003, déjà publiées en réponse aux jugements et décisions de la Commission Européenne. L'annonce d'aujourd'hui pourrait de plus n'être que la simple application d'un évangélisme singulièrement guerrier, que le missionnaire principal de Microsoft dans les années 2000, James Plamondon, avait, tel Clausewitz, formalisé dans un document au titre laissant rêveur : « Effective Evangelism: Evangelism Is War ». (Au passage, les premières pages du manuel de l'Evangélisme efficace de Microsoft, ont certainement été influencées par l'Apple Computer des années Macintosh et par celui qui fut le premier « évangéliste » -- c'était sur la carte de visite qu'il m'avait tendue, hilare --, Guy Kawasaki.) Alors ? Promotion sincère de l'ouverture et de l'interopérabilité, sans doute, mais aussi promulgation de la doctrine de l'IP, IP dont l'éditeur cherche à étendre significativement le périmètre, envoyant toujours plus loin les postes avancés de ses « missions étrangères ».

dimanche, janvier 27, 2008

Les logiciels libres fuieraient-ils l'Europe à tire de (MySQ)aile ?!

Alors que beaucoup s'interrogent sur le récent coup d'éclat réussi par Sun Microsystems avec le rachat de l'éditeur Open Source MySQL pour près d'un milliard de dollars, nous constaterons, plus prosaïquement que voilà encore une émigration d'un projet libre européen vers les cieux étasuniens. La « stratégie de Lisbonne » adoptée dans l'aveuglement euphorique de la bulle Internet n'a pas fini de sombrer...

Naguère, en 2004, dans un ensemble touchant, les trois plus célèbres auteurs européens de logiciels libres lançaient un appel contre les brevets logiciels alors en discussion à Bruxelles. Linus Torvalds (Linux), Michael Widenius (MySQL) et Rasmus Lerdorf (PHP) exhortaient le Conseil de l'UE à ne pas ratifier une proposition de directive sur les brevets logiciels qu'ils considéraient « trompeuse, dangereuse et démocratiquement illégitime ». Las ! Nos choristes n'ont pas longtemps résisté aux sirènes d'outre-Atlantique et ont bien vite rejoint le pays des brevets logiciels. De là à imaginer que les dollars pourraient acheter une légitimité démocratique... Linus Torvalds a quitté sa Finlande natale pour la Silicon Valley (Transmeta) puis l'Oregon (Open Source Development Lab). Rasmus Lerdorf, danois natif du Groenland, travaille maintenant chez Yahoo!. Michael Widenius, né en Finlande et co-fondateur de MySQL en Suède, rejoint maintenant Sun. Marc Fleury, le français qui avait animé le projet JBoss l'a revendu à l'américain Red Hat en 2006. (Il a rejoint le mois dernier Appcelerator une startup qui travaille sur les développements dits RIA pour « Rich Internet Applications » à Atlanta.)

Et quel exemple donne-t-on à la génération actuelle des Talend, Nuxeo, DreamFace Interactive, XWiki, Mandriva, Wallix et tous les autres ! Ceux-là même qui vaillamment s'insurgent, récemment encore, contre l'incompréhensible communiqué de presse de l'AFDEL sur le rapport de la Commission Attali. Le rapport, dont nul n'ignore aujourd'hui qu'il vient avant-hier de libérer la croissance française a en effet l'audace d'écrire en cinquante-huitième (pro)position :

« Promouvoir la concurrence entre logiciels propriétaires et logiciels "libres".

Le patrimoine d’applications dites "libres" ou "open source", créées par une communauté active, représente l’équivalent de 131 000 années/hommes, dont pratiquement la moitié provient de programmeurs européens. Si le coût virtuel en est de 12 Md, le coût réel est de 1,2 Md et les communautés de logiciels libres s’engagent gracieusement à proposer en continu des améliorations et des applications. Le logiciel libre induit une économie moyenne de 36 % en recherche et développement pour les entreprises utilisatrices. Il permet de créer une concurrence pour les logiciels propriétaires, dont les avantages sont différents. Leur part de marché n’est aujourd’hui que de 2 % (avec une croissance annuelle de 40 %) contre 98 % pour les logiciels dits "propriétaires". Pour développer la concurrence, une série d’actions est nécessaire :

- Promouvoir la concurrence entre les logiciels propriétaires et les logiciels libres dans les appels d’offres, notamment publics. Un objectif de 20 % des applications nouvellement développées ou installées au profit du secteur public en open source pourrait être fixé à l’horizon 2012.

- Considérer fiscalement, comme aux États-Unis, les aides aux communautés des logiciels libres comme du mécénat de compétence. - Exiger, à un niveau européen dans le cadre de la politique de la concurrence entre solutions logicielles, la fixation de normes internationales garantissant l’interopérabilité entre logiciels libres et les logiciels propriétaires, en priorité. »

Ce passage a déclenché illico l'ire de l'AFDEL, l’Association française des éditeurs de logiciels, qui déclarait glacialement « la Commission tourne le dos à l'innovation ». En réponse le jour même, un communiqué cinglant était publié dans ces mêmes colonnes, signé des grands éditeurs français de logiciels libres.

Remettons le débat en perspective. Que penser de cette querelle lorsque les grands éditeurs américains, au premier chef desquels Microsoft, par exemple, ont depuis longtemps dépassé la stérilité de ce débat devant les progrès des idées issues de l'Open Source et tentent aujourd'hui de trouver des réponses stratégiques plus subtiles ? En mai dernier encore, Brad Smith, directeur juridique de Microsoft, déclarait que les logiciels libres et gratuits violaient plus de 230 des brevets détenus par la firme de Redmond. Ce même Microsoft, toujours en butte à la Commission européenne, signait en décembre dernier un accord avec la Protocol Freedom Information Foundation dans le but d’aider les éditeurs Open Source.

De même, à quelle vision stratégique rattacher le rachat de MySQL par Sun, dont les effets de bords nourrissent sur nos rives la vivacité du débat ? Les tenants de la théorie du complot rivalisent d'imagination : tout serait ourdi par le conspirateur Larry Ellison d'Oracle, trop occupé à digérer BEA tout en ayant l'oeil de la concupiscence peccamineuse pour son grand rival Open Source -- qu'il avait tenté de circonscrire en s'emparant de InnoDB et en livrant une version rapiécée de Red Hat Linux sous le nom évocateur de « Unbreakable Linux ». Ne pouvant s'emparer de ce morceau de choix, Oracle l'aurait « laissé en pâture » à un Sun dont il estimerait l'historique de succès dans l'intégration des acquisitions en logiciel particulièrement pathétique. Ne pouvant l'avaler, penserait-il le neutraliser en l'abandonnant à des mains qu'il juge ineptes !

Ou bien est-ce un Jonathan Schwartz en mal de stratégie destinée à redorer le blason du constructeur qui aurait suivi l'exemple d'un IBM, depuis longtemps contributeur de poids aux communautés Open Source ? Il faudra suivre les développements de cette méga-acquisition et les remous qu'elle provoque pour en savoir plus.

C'est désormais une habitude, on n'a de toute manière pas fini de se perdre en conjectures sur les dommages collatéraux sur le village européen du hasard des luttes stratégiques engagées par les très grands éditeurs américains de logiciels.

vendredi, janvier 11, 2008

L'Etat, les gazelles et le Grand méchant marché

La dernière note publiée par le Centre d'analyse stratégique le 7 janvier dernier s'interroge sur l'efficacité des incitations publiques françaises en faveur du capital-risque. Elle vise le cœur d'un débat qui agite depuis bien longtemps les sphères de l'investissement en capital privé en France et qui a, bien sur, pris une douloureuse ampleur depuis l'explosion de la bulle Internet. En effet, « pensée unique » ou non, la discussion semble s'enliser dans un dialogue de sourds qui voudrait que, d'une part, les investisseurs institutionnels ne souhaitent pas investir en « private equity » car ils jugent trop faible sa rentabilité financière et que, d'autre part, ce faisant, ils contribuent à l'évanouissement progressif de l'espèce en voie de disparition que constitue la PME innovante en croissance. Cette déplorable attrition entraîne, à son tour, l'atonie des marchés règlementés, historiquement de création récente et de taille bien modeste en France et en Europe continentale pour cette classe d'investissement, et un volume étique de transactions de fusions-acquisitions, fermant la boucle de la perception généralisée du manque de rentabilité de tels investissements. C'est ce dont la puissance publique, guère à cours de métaphores animales par contre, s’inquiétait naguère en constatant que bien peu de « gazelles » figuraient dans le cheptel hexagonal.

L'historique et les chiffres rappelés par la note confirment cette fable moderne de La Fontaine. En France, malgré des échecs successifs tous les gouvernements ont depuis 1983, date de création du Second marché, désespérément cherché à créer les conditions de liquidité et de taille favorables des marchés réglementés. Enviant l'insolent succès du Nasdaq américain (3.134 valeurs cotées pour 3.600 milliards de dollars de capitalisation fin 2007), plusieurs tentatives de créer de toutes pièces des marchés de valeurs de croissance ont eu lieu en Europe, dans la deuxième moitié des années 1990. D'abord dans une perspective nationale affirmée, ont vit apparaître autant de marchés que de pays : Nouveau marché en France, NeuerMarkt en Allemagne, Nuevo Mercato en Italie, et leurs équivalents en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas, sans compter Easdaq et l'AIM britannique. Rapidement amenés à se regrouper pour partager leurs moyens marketing, mais toujours pas interconnectés, ces marchés bourgeonnants du continent prennent alors de plein fouet la débâcle hivernale post-bulle Internet : la liquidité se tarit, les investisseurs fuient éperdument, les cours s'effondrent et les marchés ferment les uns après les autres sans avoir pu mûrir jusqu'à une taille critique. L'Easdaq, racheté par le Nasdaq qui entretenait à l'époque des vues hégémoniques sur l'Union européenne, fait le constat de son échec et ferme également mi-2003. Seul l'AIM résiste (1.684 valeurs cotées pour 143 milliards d'euros), alimenté par des investisseurs américains et anglais. Malgré ces déceptions, Euronext repart de l'avant et crée un nouveau marché des valeurs de croissance, Alternext, en 2005, avec l'ambition d'accueillir toutes les PME de la zone euro. À fin 2007, force est de constater qu'il reste cependant embryonnaire : une centaine de sociétés y sont (laborieusement) cotées pour 5 milliards d'euros de capitalisation totale. Et le coup de grisou de la crise du « subprime mortgage » s'annonce malheureusement comme durable : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés », La Fontaine encore.

Concomitamment les dispositifs incitatifs à la levée de fonds décrétés par les gouvernements successifs français proliféraient et, en particulier, les mesures dirigées vers le grand public se multipliaient notablement depuis la fin des années 1990. Définition du statut fiscal des sociétés de capital-risque en 1985, définition des FCPR, les fonds communs de placements à risque, et de leurs dérivés grand public, les FCPI, fonds communs de placement dans l'innovation, assortis de leur « carotte fiscale », renforcement de l'Agence nationale de valorisation de la recherche (ANVAR) puis, à marche forcée, son rapprochement avec la BDPME et la SOFARIS, culminant avec le phagocytage récent de l'Agence de l'innovation industrielle, énième avatar colbertiste inventé par les « grands groupes industriels nationaux » - rappelez-vous les « noyaux durs » du capitalisme à la française -, la lyrique Société Unipersonnelle d'Investissement Providentiel inventée en 2002 et passée dans la loi de Finance 2004 sous le nom de Société Unipersonnelle d'Investissement à Risque - appel masqué au retour prodigue des nomades fiscaux et autres « réfugiés ISF » - qui réglemente le statut de « business angel », l'aménagement durable lui-même qui vole au secours de la PME méritante avec les FIP, Fonds d'investissement de proximité, dont la définition byzantine réinvente à proprement parler la géographie régionale, Caisse des dépôts et consignation, enfin, truchement de l'Etat investisseur et actionnaire, garant de la solvabilité, Statue du Commandeur investisseur de dernier recours et réassureur général du private equity en France : l'Etat est encore et toujours partout présent pour se substituer à un fonctionnement majoritairement privé comme celui qui prévaut aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Mais là on se heurte sans doute à une première résistance structurelle (ou culturelle) dans un pays où domine encore l'idée d'un « grand méchant marché » (pour reprendre le titre à peine ironique de l'essai de Thesmar et Landier) qui fait de la « mondialisation » et de la « libéralisation » deux gros mots intolérables.

Cette polarisation autour du rôle prépondérant de l'Etat et, en conséquence, sur le soutien essentiellement public à l'entrée (mesures fiscales pour le grand public) et à la sortie (création et réglementation de marchés) caractérise le paysage de l'accompagnement financier actuel en France. Entre l'entrée et la sortie il y a un vide qui ne cesse de s'accroître et qui met en péril toute la construction, en limitant considérablement l'impact et l'efficacité de ces soutiens envahissants de la puissance publique.

Premier déséquilibre : l'interventionnisme public sensible dans la levée des fonds destinés à l'innovation est redoutablement efficace. Le ciblage des incitations fiscales (FCPI, FIP, FCPR, SCR, suppression partielle de l'impôt de Bourse, exonération « Madelin » sur Alternext, amendement ISF de la dernière Loi de Finances) fonctionne à plein rendement : les ménages français contribuent à plus de 15% des levées de fonds du capital-investissement tous fonds confondus, à comparer aux 6% américains et 5% anglais ! En revanche, suivant le principe des vases communicants, l'engagement des investisseurs institutionnels français reste faible en comparaison des acteurs américains et anglais. Il est peut-être utile de rappeler que l'emballement de la débâcle boursière Internet du début de siècle aux Etats-Unis est aussi partiellement du à l'engouement massif d'un public de boursicoteurs américains pour ces valeurs soigneusement entretenu par la communauté financière et les intérêts politiques du pays. Les incitations publiques ont alors un rôle plus qu'ambigu puisqu'elles tendent à exposer à un risque élevé des investisseurs particuliers moins informés et précisément les plus vulnérables au risque de perte.

Second déséquilibre : comme la part des investisseurs institutionnels est en Frnace comparativement plus faible qu'ailleurs, les levées de fonds sont principalement assurées par des fonds de pension d'origine étrangère, souvent américaine. Sofinnova, le « fleuron du capital-risque français » avait défrayé la chronique il y a quelques mois, lorsque son président publiait un éditorial virulent dans la presse quotidienne déplorant que le fonds qu'il venait de lever pour investir en France et en Europe n'avait été souscrit pratiquement que par des institutionnels anglais et américains. (Déplorer le succès d'une levée de fonds, nous qui, modestes et obscurs soutiers, rencontrons les plus grandes difficultés à lever nos propres fonds d'investissement, me fait l'effet d'un luxe incompréhensible ou du comble de l'audace de la politique de communication ! Mais passons...) La France se distingue également par le faible poids des fonds de fonds, notamment privés, qui sont des structures de mutualisation de participations dans plusieurs fonds de capital-investissement, dits alors primaires.

Troisième déséquilibre : la faiblesse du capital-risque et le petit nombre de PME de hautes technologies en croissance s'auto-entretiennent certainement. Dans les secteurs du logiciel et des télécommunications aux Etats-Unis, par exemple, ces PME sont très actives dans le rachat des startups à peine plus jeunes qu'elles, y trouvant souvent là des relais de croissance. C'est aussi comme ça que des Microsoft, Cisco, Yahoo!, Oracle et Google ont su grandir rapidement. Hélas, en France, ces profils d'entreprise sont rares et celles qui en partagent l'esprit encore plus rares. C'est un deuxième obstacle structurel de taille dans l'écosystème français, d'autant plus difficile à franchir qu'il résulte d'un désintérêt pour ces entreprises cumulé depuis des années.

La France utiliserait la Caisse des dépôts et consignations (CDC) pour protéger ses entreprises et défendre ses « intérêts économiques primordiaux », déclarait le président de la République. Résurgence ou non du « patriotisme économique » et des fameux onze secteurs protégés qui faisaient couler naguère beaucoup d'encre, quel peut-être le rôle de la CDC, encore embourbée dans la pantalonnade tragique du rachat des actions EADS, face aux colosses des fonds souverains qui s'éveillent au Moyen et à l'Extrême-Orient ? Il semble là que l'on veuille donner raison à Jean Peyrelevade qui, dans Le Capitalisme Total, écrit : « La mondialisation nie l'Etat-Nation et n'accepte spontanément le politique que dans la mesure où celui-ci l'aide à s'étendre. Ce complice supposé est-il encore capable de faire valoir sa prééminence et de contester au capitalisme total son rôle nouveau d'organisateur de la société ? Le combat vaut d'être mené pour essayer de rendre le désir légitime d'enrichissement des actionnaires mieux accordé aux nécessités d'un développement plus respectueux de l'avenir et de l'équilibre social. ». Mais peut-on y parvenir, comme pour la cigarette et les OGM, par voie de décret et de réglementation unilatérale ?

De la faiblesse du capital-risque et de la difficulté à faire émerger un marché des valeurs de croissance, laquelle est la cause et laquelle est la conséquence s'interroge le Centre d'analyse stratégique. Il faudra bien pourtant sortir de cette circularité si l'on veut garder présent à l'esprit l'admonition de l'économiste Daniel Cohen dans ses Trois leçons sur la société post-industrielle : « l'Occident ne gardera pas longtemps le monopole de la prospérité ».

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